Le cocu dans la littérature française : une histoire de stigmatisation
« Depuis des siècles, on rit du malheur des trompés. Il est temps de comprendre ce rire pour mieux le dépasser. »
Une figure ancienne façonnée par la satire
La figure du “cocu” apparaît très tôt dans la littérature française. Loin d’être anecdotique, elle occupe un rôle culturel majeur : celui du personnage dont on se moque, symbole de naïveté, de crédulité et parfois d’aveuglement amoureux.
Ce rire collectif, hérité du Moyen Âge et renforcé par la tradition des farces, a contribué à créer un imaginaire social persistant, un imaginaire qui influence encore aujourd’hui le regard porté sur les victimes d’infidélité.
À travers les siècles, plusieurs grands auteurs ont façonné cette représentation, souvent sans mesurer qu’ils participaient à une forme durable de stigmatisation.
Rabelais : la farce populaire et les “cornes”

Chez Rabelais, le cocu est un personnage omniprésent. Dans Pantagruel et Gargantua, les “cornes” deviennent un symbole universel des illusions perdues.
Rabelais écrit notamment :
« Il n’est si grand seigneur qui ne craigne les cornes, quand elles viennent à poincter. »
La figure du mari trompé est utilisée pour dénoncer les faiblesses humaines et les illusions de grandeur.
Elle fait rire, elle choque, mais elle montre déjà un mécanisme social fondamental : le malheur intime devient spectacle collectif.
Cette tradition populaire, fondée sur la dérision, sera largement reprise au théâtre classique.
Molière : le cocu comme ressort dramatique

Molière est sans doute celui qui a le plus contribué à ancrer le cocuage dans l’imaginaire culturel français.
Ses pièces utilisent le mari trompé comme moteur comique ou moral, révélateur des hypocrisies de la société.
Dans George Dandin, cette phrase est devenue proverbiale :
« Ah ! vous l’avez voulu, George Dandin, vous l’avez voulu ! »
Elle illustre parfaitement la logique traditionnelle : le cocu serait responsable de son malheur.
Dans Le Médecin malgré lui, Molière va jusqu’à écrire :
« Les maris sont faits pour être cocus. »
Cette normalisation théâtrale a longtemps entretenu une vision fataliste et moqueuse du trompé, vision dont les conséquences psychologiques persistent aujourd’hui chez de nombreuses victimes : honte, culpabilité, peur d’être jugées.
La Fontaine : les contes licencieux et la satire fine

Contrairement à la croyance populaire, aucune fable officielle de La Fontaine ne traite directement du cocuage.
Mais ses Contes et Nouvelles, beaucoup plus libres et souvent licencieux, évoquent abondamment la tromperie conjugale.
Parmi les exemples les plus notables :
- Le Cocu battu et content
- Le Mari confesseur
- La Fiancée du Roi de Garbe
La Fontaine y dépeint des maris trompés ridiculisés, dupés, manipulés.
Il utilise également des maximes devenues proverbiales, appliquées à ces situations :
« On ne s’avise jamais de tout. »
« Tel est pris qui croyait prendre. »
Ces formules ont nourri une culture de la moquerie qui fait du cocu un personnage comique plutôt qu’une victime.
C’est l’un des fondements historiques de ce que nous nommons aujourd’hui la cocuphobie.
Voltaire : le cocu comme symbole philosophique

Chez Voltaire, la figure du cocu évolue : elle devient un outil de critique morale et sociale.
Le trompé n’est plus seulement ridicule, il symbolise la condition humaine trompée par les illusions du monde.
Dans Zadig, les malheurs sentimentaux du héros sont décrits comme des épreuves nécessaires :
« Il n’y a point de hasard ; tout est épreuve ou punition. »
Et dans ses maximes, Voltaire écrit :
« Le cocuage est une grande école de philosophie. »
Le cocu devient alors un personnage lucide malgré lui, dont les souffrances révèlent les contradictions sociales, religieuses et morales.
Une tradition littéraire qui nourrit la stigmatisation moderne
Cette longue tradition, farce, théâtre, contes, satire a installé durablement trois idées fausses :
- La tromperie serait risible.
- Le trompé serait naïf ou responsable de son malheur.
- L’adultère relèverait du divertissement ou du folklore.
Ces représentations anciennes pèsent encore aujourd’hui sur les victimes.
Elles expliquent une part essentielle du phénomène moderne que l’association SOS Cocu analyse : la cocuphobie, c’est-à-dire la honte, la culpabilité et la peur du jugement social qui frappent les personnes trompées, parfois au point de les réduire au silence.
Redonner dignité à une figure déformée par les siècles
En revisitant cette histoire littéraire, SOS Cocu rappelle que :
- Le cocu n’est pas un personnage comique,
- mais une personne blessée,
- victime d’un manquement grave à la loyauté,
- et souvent isolée par le rire social.
Comprendre cette évolution culturelle permet d’éclairer la souffrance contemporaine des victimes d’infidélité et de souligner l’importance d’un accompagnement bienveillant, respectueux et déculpabilisant.
La littérature française a façonné pendant des siècles une image dévalorisante du trompé.
Aujourd’hui, il devient essentiel de déconstruire cette tradition pour redonner leur place, leur dignité et leur voix à celles et ceux qui ont souffert d’une trahison.
SOS Cocu s’inscrit pleinement dans cette démarche : comprendre le passé pour mieux protéger le présent.
Note éditoriale : ce texte a bénéficié d’une relecture assistée afin d’améliorer sa lisibilité, sans altérer le sens ni la portée des témoignages évoqués. © SOS cocu, 2005 – 2026. Diffusion libre avec mention de la source.











