Quand une expression populaire banalise le mépris envers les victimes de trahison

Dans le langage courant, l’expression « une chance de cocu » semble n’être qu’une plaisanterie anodine. Pourtant, elle appartient à un ensemble plus large de représentations culturelles qui tournent en dérision la personne trompée. En qualifiant une situation de « chance extraordinaire », tout en y associant la figure du cocu, la société continue de véhiculer un imaginaire où la souffrance liée à la trahison est minimisée, ridiculisée ou folklorisée.

Cet article examine comment une simple expression contribue à la banalisation du mépris envers les victimes de trahison et s’inscrit dans un héritage historique plus vaste : celui de la cocuphobie culturelle.

Un héritage linguistique façonné par la moquerie

Les expressions populaires autour du cocuage apparaissent au Moyen Âge et prospèrent aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles. Elles reposent sur une logique ironique :

  • le cocu est malheureux, donc on en rit ;
  • le cocu aurait de la chance, donc on l’associe au hasard, à l’irrationnel, à la superstition ;
  • cette chance serait imméritée, sous-entendant qu’il n’a rien accompli par lui-même.

Dès les origines, la personne trompée est non seulement victime d’une blessure psychologique, mais aussi d’un traitement linguistique déshumanisant. Elle devient un personnage de farce.

Un vocabulaire qui transforme la victime en caricature

Dire d’une personne qu’elle a « une chance de cocu », c’est :

  • réactiver le cliché du cocu comique, éternel perdant ;
  • associer la trahison à une sorte de rituel superstitieux ;
  • désigner le cocu comme objet, non comme sujet.

La victime n’est plus quelqu’un qui souffre d’une rupture de confiance, mais un motif littéraire. On la sort du réel. On la range parmi les figures de farce à la manière du « mari trompé » des comédies traditionnelles.

Cette dépersonnalisation contribue à un phénomène central : la désensibilisation collective à la trahison et à ses conséquences psychologiques.

Un mécanisme sociologique de minimisation de la souffrance

L’expression sert à relativiser un traumatisme intime.
En assimilant la trahison à un ressort comique :

  • la souffrance devient invisible ;
  • la sidération et le choc deviennent une blague ;
  • le vécu de la victime devient inexprimable socialement.

C’est un mécanisme classique de la sociologie du mépris :

l’humour devient un outil de contrôle social, qui empêche les victimes d’être prises au sérieux.

La personne trompée apprend très tôt que son malheur n’est pas « légitime » pour la société, parce qu’il fait partie des choses dont on rit. Cela nourrit l’isolement, le silence et la honte.

Une expression qui alimente la cocuphobie culturelle
La dévalorisation de la personne trompée

Elle sous-entend que la victime est un individu naïf, passif, voire ridiculement chanceux malgré son infortune.

La réécriture du réel

On transforme une situation profondément douloureuse en élément de folklore ou de superstition.

L’inversion symbolique des rôles

Celui qui souffre est présenté comme quelqu’un à qui « tout réussit », ce qui son traumatisme.

Dans une société où l’image compte beaucoup, cela rend difficile la reconnaissance publique de la trahison comme forme de violence relationnelle.

Une banalisation dangereuse : empêcher la reconnaissance du traumatisme

L’expression participe à un phénomène majeur observé dans les témoignages recueillis par SOS Cocu :

  • refus d’écoute ;
  • blagues déplacées dans l’entourage ;
  • impossibilité d’exprimer la détresse ;
  • déni institutionnel (travail, famille, justice) ;
  • auto culpabilisation renforcée.

La banalisation empêche la société de saisir la portée réelle de la trahison :
perte de repères, effondrement identitaire, anxiété chronique, choc post-traumatique relationnel.

Ce n’est pas une simple anecdote sentimentale. C’est un événement déstabilisant, souvent durable.

Pour une relecture contemporaine : restaurer la dignité des victimes

À l’heure où la compréhension du traumatisme relationnel progresse, il est essentiel de réévaluer les expressions héritées du passé.
SOS Cocu propose une approche nouvelle :

  • replacer la victime au centre ;
  • dissocier définitivement trahison et ridicule ;
  • sensibiliser le public aux impacts psychologiques ;
  • analyser les expressions culturelles pour mieux comprendre la stigmatisation collective.

L’expression « une chance de cocu » devient ainsi un témoignage du passé, à interroger plutôt qu’à perpétuer.

Une expression ancrée dans la culture, mais porteuse d’un mépris ordinaire

Même si elle semble anodine, l’expression « une chance de cocu » incarne un système de représentations qui invisibilise la souffrance des victimes et entretient une forme de mépris social profondément enraciné.
La banalisation passe souvent par les mots : c’est pourquoi il est crucial de revisiter ce vocabulaire, de le contextualiser et de proposer une compréhension moderne, respectueuse et digne.