{"id":420,"date":"2025-11-10T17:25:47","date_gmt":"2025-11-10T16:25:47","guid":{"rendered":"https:\/\/www.soscocu.org\/blog\/?p=420"},"modified":"2026-08-04T16:28:23","modified_gmt":"2026-08-04T14:28:23","slug":"francois-marie-charles-fourier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.soscocu.org\/blog\/francois-marie-charles-fourier\/","title":{"rendered":"Fran\u00e7ois-Marie Charles Fourier"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Fran\u00e7ois-Marie Charles Fourier naquit \u00e0 Besan\u00e7on le 7 avril 1772 ; il mourut \u00e0 Paris, au n\u00b0 9 de la rue Saint-Pierre-Montmartre, le 10 octobre 1837, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de soixante-cinq ans. C&rsquo;\u00e9tait, aux derniers temps de sa vie, \u00ab un vieillard petit, maigre, au front de Socrate&nbsp;[1].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui frappait d&rsquo;abord lorsqu&rsquo;on voyait Fourier, l&rsquo;homme du monde le plus simple dans sa tenue et dans ses mani\u00e8res, c&rsquo;\u00e9tait son regard per\u00e7ant \u2014 ce regard d&rsquo;aigle, propre aux hommes de g\u00e9nie \u2014 que surmontait un front large, \u00e9lev\u00e9 et remarquablement beau&nbsp;[2].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ses cheveux blancs, l\u00e9g\u00e8rement ondul\u00e9s, formaient comme une claire couronne sur sa t\u00eate large et d&rsquo;une harmonie parfaite. Son \u0153il bleu, per\u00e7ant et profond, lan\u00e7ait parfois un regard dont la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;\u00e9nergie devan\u00e7ait celle de la parole&nbsp;[3]. Son nez aquilin \u00e9tait fortement d\u00e9jet\u00e9 \u00e0 gauche par suite d&rsquo;une chute faite dans sa jeunesse&nbsp;[4]. Son nez un peu arqu\u00e9 compl\u00e9tait l&rsquo;expression de ses l\u00e8vres fines et la coupe d&rsquo;une bouche annon\u00e7ant des passions diverses et fortement prononc\u00e9es&nbsp;[5]. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Proudhon, qui ne l&rsquo;aimait pas, r\u00e9sume ainsi son apparence physique : \u00ab J&rsquo;ai connu Fourier, il avait la t\u00eate moyenne, les \u00e9paules et la poitrine larges, l&rsquo;habitude du corps nerveuse, les tempes serr\u00e9es, le cerveau m\u00e9diocre ; une certaine ivresse r\u00e9pandue sur sa figure lui donnait l&rsquo;air d&rsquo;un dilettante en extase&nbsp;[6]. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour son portrait moral, il est tout entier dans \u00ab l&rsquo;exactitude avec laquelle, pendant dix ans, il rentra toujours chez lui \u00e0 midi, heure de rendez-vous qu&rsquo;il avait indiqu\u00e9e dans ses publications, \u00e0 l&rsquo;homme riche qui voudrait lui confier un million pour \u00e9riger le premier Phalanst\u00e8re. \u00bb B\u00e9ranger, qui rapporte ce trait, ajoute : \u00ab Rien n&rsquo;est plus touchant que cette foi si vive et si durable ! Oh ! que j&rsquo;aurais voulu avoir un million \u00e0 lui porter !&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.soscocu.org\/hirarchie-du-cocuage#7\">[<\/a><a href=\"#ancre7\">7]<\/a>&nbsp;\u00bb \u00c0 cette \u00e9poque, un inventeur attendait chaque jour \u00e0 midi, jusqu&rsquo;au jour de sa mort, le coup de sonnette du riche philanthrope qui lui permettrait en cinq ans&nbsp;[8]&nbsp;de sauver l&rsquo;humanit\u00e9 ; cet homme avait des disciples, il trouvait m\u00eame un chansonnier \u00ab arriv\u00e9 \u00bb qui osait lui t\u00e9moigner publiquement son admiration&nbsp;[9]. Heureux temps de \u00ab noble candeur \u00bb !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De Fourier, les hommes d&rsquo;aujourd&rsquo;hui savent peu de choses : certains peuvent se rappeler les caricatures de Cham o\u00f9 les phalanst\u00e9riens sont munis d&rsquo;une queue, avec un \u0153il au bout ; d&rsquo;autres savent que Charles Gide salue en Fourier un des p\u00e8res de la doctrine coop\u00e9rative&nbsp;[10]; rares sont les courageux lecteurs qui ont pu venir \u00e0 bout de la massive et d&rsquo;ailleurs honorablement consciencieuse th\u00e8se de M. Hubert Bourgin sur Fourier : ceux-l\u00e0 m\u00eame, du reste, apr\u00e8s avoir dig\u00e9r\u00e9 cette copieuse \u00ab contribution \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude du socialisme fran\u00e7ais \u00bb, ont sans doute quelque peine \u00e0 distinguer les lignes ma\u00eetresses du fouri\u00e9risme : tel un touriste myope, qui aurait examin\u00e9 \u00e0 la loupe chaque pierre de Notre-Dame de Paris, sans jamais s&rsquo;\u00e9loigner de plus d&rsquo;un m\u00e8tre cinquante, en apercevrait mal la silhouette.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il n&rsquo;est pas paradoxal de pr\u00e9tendre, comme nous faisons, donner une id\u00e9e juste du fouri\u00e9risme en r\u00e9\u00e9ditant quelques pages du ma\u00eetre : La hi\u00e9rarchie du Cocuage. Car il est facile de montrer la place essentielle que tient ce fragment dans l&rsquo;\u00e9conomie du syst\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Deux mots suffisent \u00e0 r\u00e9sumer la doctrine : naturalisme&nbsp;[11]&nbsp;et optimisme. Le monde est bien fait, il est harmonieux. Mais cette harmonie naturelle ne se r\u00e9alise pas d&rsquo;elle-m\u00eame, il appartient \u00e0 l&rsquo;homme de la perfectionner par la connaissance scientifique de la nature. Newton a commenc\u00e9 cette \u0153uvre en d\u00e9couvrant un quart de la r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 savoir la loi physique de l&rsquo;harmonie universelle, par l&rsquo;attraction de la mati\u00e8re ; Fourier la poursuit et la porte d&rsquo;un seul coup \u00e0 son terme, en d\u00e9couvrant les trois autres quarts de la r\u00e9alit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire la loi psychique de l&rsquo;harmonie universelle, par l&rsquo;attraction passionn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la Th\u00e9orie des Quatre mouvements, qui est la premi\u00e8re exposition de sa doctrine, \u00ab prospectus et annonce de la d\u00e9couverte \u00bb, Fourier \u00e9crivait en 1808 : \u00ab Avant moi l&rsquo;humanit\u00e9 a perdu plusieurs mille ans \u00e0 lutter follement contre la nature ; moi le premier, j&rsquo;ai fl\u00e9chi devant elle, en \u00e9tudiant l&rsquo;attraction, organe de ses d\u00e9crets : elle a daign\u00e9 sourire au seul mortel qui l&rsquo;e\u00fbt encens\u00e9e, elle m&rsquo;a livr\u00e9 tous ses tr\u00e9sors. Possesseur du livre des destins, je viens dissiper les t\u00e9n\u00e8bres politiques et morales, et sur les ruines des sciences incertaines j&rsquo;\u00e9l\u00e8ve la th\u00e9orie de l&rsquo;harmonie universelle&nbsp;[12]. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le salut le l&rsquo;humanit\u00e9 viendra donc de la connaissance compl\u00e8te les lois psycho-sociologiques et de l&rsquo;ob\u00e9issance \u00e0 ces lois. La folie des hommes a \u00e9t\u00e9, m\u00e9connaissant la bont\u00e9 et la justice absolues de la nature, de pr\u00e9tendre lui dicter des lois arbitraires : la civilisation, qui est \u00ab un fl\u00e9au passager dont les globes sont afflig\u00e9s durant leurs premiers \u00e2ges \u00bb, \u00ab une maladie d&rsquo;enfance, comme la dentition \u00bb, a une tare essentielle : c&rsquo;est d&rsquo;avoir, tromp\u00e9e par la philosophie, la morale et la religion, cherch\u00e9 \u00e0 \u00e9difier seulement \u00ab l&rsquo;art d&rsquo;\u00e9touffer la voix de la nature&nbsp;[13]&nbsp;\u00bb ; par l\u00e0 elle n&rsquo;a pas pu, comme elle s&rsquo;en vantait, d\u00e9raciner les passions ni en changer le cours ; elle n&rsquo;a pu qu&rsquo;en entraver et en fausser l&rsquo;essor, elle en a fait la source de toutes les calamit\u00e9s, alors que les passions sont la plus parfaite et la plus sublime des \u0153uvres divines, \u00ab l&rsquo;\u00e2me de Dieu&nbsp;[14]&nbsp;\u00bb. La civilisation a cr\u00e9\u00e9 ainsi dans tous les domaines un d\u00e9sordre et une anarchie que la \u00ab th\u00e9orie de l&rsquo;unit\u00e9 universelle \u00bb doit suffire \u00e0 faire dispara\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Fourier se donne donc une double t\u00e2che n\u00e9gative d&rsquo;une part, par la critique du r\u00e9gime civilis\u00e9 ; positive de l&rsquo;autre, par la construction du r\u00e9gime harmonien et du r\u00e9gime transitoire qui le pr\u00e9c\u00e9dera, le garantisme. Nous dirons peut-\u00eatre autre part le prodigieux effort d&rsquo;imagination que repr\u00e9sente l&rsquo;\u0153uvre constructive de Fourier, romancier \u00e9gal \u00e0 Balzac&nbsp;[15]: cet homme fabriqua huit-cent-dix caract\u00e8res humains qui repr\u00e9sentent, selon lui, toutes les combinaisons possibles des passions humaines et doivent se trouver r\u00e9unis dans une soci\u00e9t\u00e9 parfaite, de m\u00eame que toutes les vari\u00e9t\u00e9s de roses doivent se grouper selon les rapports de leurs nuances pour faire un jardin harmonieux. Il imagina autant d&rsquo;\u00eatres distincts qu&rsquo;il avait su d\u00e9finir de caract\u00e8res, il les groupa dans un phalanst\u00e8re id\u00e9al, il leur donna des noms, les logea, les nourrit, les maria, les regarda vivre, procr\u00e9er et mourir. On peut dire vraiment qu&rsquo;il v\u00e9cut en leur compagnie, une compagnie si absorbante que ceux qui l&rsquo;entouraient, parents et disciples, \u00e9taient pour lui moins vivants que les \u00eatres de son r\u00eave.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour la critique du monde civilis\u00e9, elle suppose, dans l&rsquo;observation du monde et des hommes, une part d&rsquo;imagination cr\u00e9atrice qui n&rsquo;est gu\u00e8re inf\u00e9rieure. Tous les d\u00e9sordres moraux et sociaux, tous les vices, toutes les injustices et tous les fl\u00e9aux sont ramen\u00e9s par Fourier \u00e0 une m\u00eame cause, la m\u00e9connaissance des passions, de leur vraie nature et de leur valeur. Parmi tous les exemples de ce d\u00e9sordre, Fourier aimait \u00e0 en choisir deux : l&rsquo;anarchie dans le commerce, l&rsquo;anarchie dans le mariage. Qu&rsquo;il y eut \u00ab en civilisation \u00bb, tant de banqueroutiers et tant de cocus, c&rsquo;\u00e9taient pour lui les deux preuves d\u00e9cisives de la malfaisance de notre \u00e9tat social.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourquoi ces deux exemples ? Le premier se comprend de lui-m\u00eame : Fourier, fils de commer\u00e7ant ais\u00e9, ruin\u00e9 par une crise politique et sociale sous la Convention, dut vivre chichement comme voyageur de commerce, caissier, teneur de livre, courtier et, comme il disait, \u00ab sergent de boutique&nbsp;[16]&nbsp;\u00bb ; en 1825, il gagnait, dans une maison de commerce de Lyon, mille deux cents francs par an&nbsp;[17]. Mais le second s&rsquo;explique moins facilement, car il resta c\u00e9libataire et sa vie sentimentale nous est tout \u00e0 fait inconnue&nbsp;[18]&nbsp;; cependant, il aima les femmes et il aima l&rsquo;amour&nbsp;[19]. Sans doute est-ce justement cette grande sensualit\u00e9, jointe \u00e0 une grande versatilit\u00e9, qui le d\u00e9tourna de prendre femme, mais le poussa \u00e0 \u00e9tudier de pr\u00e8s les vices de l&rsquo;organisation matrimoniale dans un r\u00e9gime o\u00f9 l&rsquo;essor de la \u00ab papillonne \u00bb&nbsp;[20]&nbsp;est malheureusement entrav\u00e9 par les lois et les m\u0153urs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toujours est-il qu&rsquo;au tome second de son Trait\u00e9 de l\u2019Association domestique-agricole, dans les \u00ab Interliminaires \u00bb intitul\u00e9s \u00ab Fausset\u00e9 des Amours civilis\u00e9s, faussement du syst\u00e8me social par celui des amours \u00bb, Fourier cherche \u00e0 d\u00e9montrer ce \u00ab th\u00e9or\u00e8me \u00bb qu&rsquo;il est n\u00e9cessaire \u00ab d&rsquo;attaquer les vices par la v\u00e9rit\u00e9 m\u00e9thodique et int\u00e9grale \u00bb pour prouver la corruption profonde du r\u00e9gime pr\u00e9tendu civilis\u00e9&nbsp;[21].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Si les modernes, dit-il, ont persist\u00e9 si longtemps \u00e0 admirer la civilisation, c&rsquo;est parce que personne n&rsquo;a proc\u00e9d\u00e9, selon le conseil de Bacon, \u00e0 l&rsquo;analyse critique des vices de chaque profession et institution. Cette n\u00e9gligence a donn\u00e9 pleine latitude aux sophistes pour encenser les abus, montrer la perfection sociale dans les fourberies du commerce, dans les vices m\u00e9caniques du mariage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Leur but \u00e9tant de familiariser le monde social \u00e0 ces vices, et d&rsquo;esquiver la sommation d&rsquo;en chercher le rem\u00e8de, ils en ont fait deux sujets de fac\u00e9tie, fardant la banqueroute du nom b\u00e9nin de faillite, excusant l&rsquo;adult\u00e8re par le nom plaisant de cocuage. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour d\u00e9masquer cette hypocrisie, Fourier propose des \u00ab analyses conformes au v\u0153u de Bacon, qui aurait voulu de la franchise et des d\u00e9tails m\u00e9thodiques dans les tableaux du mal. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il choisit donc deux exemples \u00ab en majeur et mineur \u00bb. Le majeur, c&rsquo;est \u00ab la banqueroute, trente et uni\u00e8me caract\u00e8re du commerce, distingu\u00e9e en trente-six esp\u00e8ces. \u00bb Le mineur, c&rsquo;est \u00ab l&rsquo;adult\u00e8re, l&rsquo;un des caract\u00e8res du mariage&nbsp;[22], distingu\u00e9s en soixante-douze esp\u00e8ces. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s avoir publi\u00e9 son tableau de la \u00ab hi\u00e9rarchie de la banqueroute \u00bb, divis\u00e9e en \u00ab trois ordres, neuf genres et trente-six esp\u00e8ces \u00bb, depuis les banqueroutiers \u00ab innocents, honorables et s\u00e9duisants \u00bb (\u00ab teintes l\u00e9g\u00e8res \u00bb), en passant par les \u00ab tacticiens, man\u0153uvriers et agitateurs \u00bb (\u00ab teintes grandioses \u00bb), jusqu&rsquo;aux \u00ab sournois, barbouillons et faux fr\u00e8res \u00bb (\u00ab teintes abjectes \u00bb)&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.soscocu.org\/hirarchie-du-cocuage#23\">[<\/a>23<a href=\"https:\/\/www.soscocu.org\/hirarchie-du-cocuage#23\">]<\/a>, il en vient \u00e0 l&rsquo;analyse le l&rsquo;adult\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Dans l&rsquo;analyse de l&rsquo;adult\u00e8re comme dans celle de la banqueroute, les \u00e9crivains ont \u00e0 peine effleur\u00e9 le sujet et n&rsquo;en ont pr\u00e9sent\u00e9 que les c\u00f4t\u00e9s plaisants. Moli\u00e8re, auteur qui en a trait\u00e9 divers genres, semble n&rsquo;avoir \u00e9crit qu&rsquo;en faveur des coupables. Telle est la d\u00e9pravation de la litt\u00e9rature qu&rsquo;elle fait de tous les vices un objet de sp\u00e9culation mercantile, et leur donne des forces en feignant de les corriger par une critique illusoire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Son premier tort est de manquer de vigueur elle en a mis si peu dans l&rsquo;attaque de l&rsquo;adult\u00e8re, qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui l&rsquo;opinion l&rsquo;a innocent\u00e9 au point qu&rsquo;il n&rsquo;est pas m\u00eame permis d&rsquo;en prononcer le nom. Les mots d&rsquo;adult\u00e8re et de cocuage sont r\u00e9prouv\u00e9s par la sc\u00e8ne et la bonne compagnie : quel nom faut-il donc employer ? Un nouveau mot, une n\u00e9ologie, comme les noms de coiffuage et coiffu, puisque celui de cocu semble trivial, et que celui d&rsquo;adult\u00e8re semble p\u00e9dantesque.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Mais \u00e0 quoi bon cette indulgence et ces capitulations avec le vice ? La disgr\u00e2ce o\u00f9 est tomb\u00e9 le mot cocuage, ne sert qu&rsquo;\u00e0 constater le progr\u00e8s de la chose, et la mollesse des \u00e9crivains qui s&rsquo;agenouillent devant le vice, au lieu de lui pr\u00e9senter courageusement un ample miroir, un tableau m\u00e9thodique et int\u00e9gral des ordres, genres, esp\u00e8ces et vari\u00e9t\u00e9s de l&rsquo;adult\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab L&rsquo;un des journaux de Paris (Gazette de France), voulant un jour en donner une analyse m\u00e9thodique, borna sa division \u00e0 trois esp\u00e8ces, et sans oser les d\u00e9signer par un nom sp\u00e9cial. Il rappelait \u00e0 peu pr\u00e8s les personnages de Moli\u00e8re : le George Dandin, l\u2019Arnolphe et l\u2019Imaginaire. Est-ce d\u00e9finir un vice dont les vari\u00e9t\u00e9s sont innombrables, que d&rsquo;en pr\u00e9senter seulement trois ? Il faut un tableau int\u00e9gral, une grande s\u00e9rie qui embrasse et distingue amplement les ramifications et degr\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-primary-color has-text-color has-link-color wp-elements-1 wp-block-paragraph\">\u00ab Je pourrais donner cette <a href=\"https:\/\/www.soscocu.org\/blog\/hierarchie-du-cocuage\/\">hi\u00e9rarchie du cocuage<\/a> en parall\u00e8le avec celle de la banqueroute. J&rsquo;ai un tableau de soixante-douze mod\u00e8les bien distincts, en ordres, genres et esp\u00e8ces, par s\u00e9rie mixte dont suit la distribution&nbsp;[24]&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-primary-color has-text-color has-link-color wp-elements-2 wp-block-paragraph\">\u00ab Le n\u00b0 1 doit \u00eatre donn\u00e9 au <a href=\"https:\/\/www.soscocu.org\/blog\/76-categories-de-cocus\/\">cocu<\/a> en herbe ou dup\u00e9 ant\u00e9rieurement \u00e0 la noce. Je le d\u00e9signe par le nom admis sur la sc\u00e8ne fran\u00e7aise,<br>Et ne l\u2019\u00eatre qu\u2019en herbe, est pour lui peu de chose.<br>Moli\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Par opposition, le n\u00b0 72, qui termine la s\u00e9rie, doit \u00eatre le cocu posthumis\u00e9,<br>Deux ans encore apr\u00e8s j&rsquo;accouchai d&rsquo;un posthume,<br>Regnard.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab On admet en France des enfants posthumes d&rsquo;un an. Je pourrais citer le tribunal qui a rendu l&rsquo;arr\u00eat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Remarquons, \u00e0 la honte du si\u00e8cle et pour la confusion de ses sciences politiques et morales, que l&rsquo;opinion condamnerait cette analyse de l&rsquo;adult\u00e8re comme trop juste, trop exacte et trop compl\u00e8te ; chacun se reconna\u00eetrait dans l&rsquo;une des 144 esp\u00e8ces de cocuage (72 en hommes et 72 en femmes, dont le cocuage est de titres diff\u00e9rents de ceux des hommes.)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Rien ne constate mieux la d\u00e9pravation et la charlatanerie morales, que ce refus d&rsquo;entendre les tableaux d&rsquo;un vice, de ses degr\u00e9s et ramifications. Je n&rsquo;ose m\u00eame les donner nominalement, comme celui de la banqueroute, qui est admissible parce qu&rsquo;il ne d\u00e9pla\u00eet qu&rsquo;\u00e0 une portion du corps social, qu&rsquo;\u00e0 une moiti\u00e9 de classe ; tandis que sur le tableau du cocuage, on pourrait trop ais\u00e9ment discerner le rang occup\u00e9 par chaque citoyen ou citoyenne, les femmes n&rsquo;\u00e9tant pas moins cocues que les hommes. Le th\u00e9\u00e2tre n&rsquo;a glos\u00e9 jusqu&rsquo;ici que sur les hommes : j&rsquo;estime que l&rsquo;analyse des cocuages f\u00e9minins serait aussi digne d&rsquo;attention que celle des masculins&nbsp;[25]&nbsp;; le sujet serait des plus neufs ; il est tout \u00e0 fait oubli\u00e9.&nbsp;[26]&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les pieux disciples qui, sous la direction de Victor Consid\u00e9rant, commenc\u00e8rent en 1851 la Publication des Manuscrits de Charles Fourier, devaient ajouter \u00e0 l&rsquo;important passage que nous venons de transcrire, le texte de la hi\u00e9rarchie du cocuage, tel qu&rsquo;ils l&rsquo;avaient retrouv\u00e9 dans les in\u00e9dits du ma\u00eetre. On trouve en effet dans le 3e volume de leur collection, au num\u00e9ro IX et sous le titre : Amour et Mariage, un long fragment de toute premi\u00e8re valeur&nbsp;[27].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s avoir reproduit quelques phrases du passage de l\u2019Association domestique-agricole, que le lecteur a trouv\u00e9 aux pages pr\u00e9c\u00e9dentes, les \u00e9diteurs \u00e9crivent :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Ayant trouv\u00e9 dans les manuscrits de Fourier une \u00e9bauche du tableau dont il parle, nous n&rsquo;avons pas pens\u00e9 que la mani\u00e8re assez discr\u00e8te dont le sujet est trait\u00e9 d\u00fbt causer de grands effarouchements, et nous le publions en nous bornant \u00e0 retrancher autant que possible le mot qui choque le plus nos m\u0153urs actuelles&nbsp;[28]. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avions pens\u00e9 \u00e0 r\u00e9\u00e9diter purement et simplement le texte de 1856, compl\u00e8tement inconnu aujourd&rsquo;hui, perdu qu&rsquo;il est dans un volume \u00e9puis\u00e9 en librairie et pratiquement introuvable. Mais nous pouvons faire mieux. Ayant eu la bonne fortune d&rsquo;\u00e9tudier et de recopier le manuscrit original, c&rsquo;est une \u00e9dition critique, scrupuleusement \u00e9tablie sur le texte, avec les variantes et les passages in\u00e9dits, que nous pouvons livrer aujourd&rsquo;hui au public. Nous en remercions notre ma\u00eetre C. Bougl\u00e9, professeur d&rsquo;histoire de l&rsquo;\u00c9conomie sociale \u00e0 la Sorbonne, directeur du Centre de Documentation Sociale \u00e0 l&rsquo;\u00c9cole Normale Sup\u00e9rieure, qui a bien voulu nous donner l&rsquo;autorisation de nous livrer \u00e0 cette critique scientifique des textes, et d&rsquo;en publier les r\u00e9sultats&nbsp;[29]. Nous devons aussi des remerciements publics \u00e0 notre excellent ami Louis Rolland, ancien \u00e9l\u00e8ve de l&rsquo;\u00c9cole Normale Sup\u00e9rieure, agr\u00e9g\u00e9 des lettres, qui a le premier attir\u00e9 notre attention sur ce texte m\u00e9connu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le manuscrit original de la Hi\u00e9rarchie du Cocuage se compose de huit feuillets doubles, soit seize pages (de trente-cinq cm de long sur vingt-trois cm de large), reli\u00e9s ensemble par deux \u00e9pingles. Le premier feuillet forme couverture ; il n&rsquo;est \u00e9crit que sur sa premi\u00e8re page ; les pages deux, quinze et seize du manuscrit sont donc blanches.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La page 1 porte en haut et au milieu, le titre : Le Jeu des Oisons renouvell\u00e9 des Grecs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Fourier avait d&rsquo;abord \u00e9crit : le Jeu de l\u2019Oie. Au-dessous il avait sur trois lignes propos\u00e9 d&rsquo;autres titres, mais il les a si soigneusement ray\u00e9s qu&rsquo;il est impossible de les d\u00e9chiffrer d&rsquo;une fa\u00e7on s\u00fbre. Je crois lire \u00e0 la premi\u00e8re ligne : Le Banquet aux Civilis\u00e9s, \u00e0 la seconde : La ge\u00f4le \u00e0 72 places ; la troisi\u00e8me est rigoureusement illisible.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au-dessous, l&rsquo;inscription non effac\u00e9e : 8e mineure. Cocus. Elle se r\u00e9p\u00e8te en haut et \u00e0 gauche. Le mot Cocus est \u00e9galement \u00e9crit en haut et \u00e0 droite.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De plus, dans l&rsquo;angle gauche sup\u00e9rieur et dans tout le bas de la feuille, il y a des lettres et des rang\u00e9es de chiffres dont il me semble impossible de comprendre le sens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin la feuille porte, d&rsquo;une autre main, la mention : em&gt;39e pi\u00e8ce. \u2013 Cote suppl\u00e9mentaire, avec la signature : E. B. et, \u00e0 l&rsquo;encre rouge, l&rsquo;inscription : Imprim\u00e9 manuscrits 1853-56. Chapitre IX.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La page trois, blanche \u00e0 son verso, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 la page quatre, est compos\u00e9e de notes \u00e9crites en abr\u00e9g\u00e9 ; elle a \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9e par Fourier \u00e0 un autre cahier, car les sept premi\u00e8res lignes contiennent la fin d&rsquo;un d\u00e9veloppement tout diff\u00e9rent. \u00c0 la huiti\u00e8me ligne commence, sous le n\u00b0 747 et le titre : Sur les Biens\u00e9ances sociales, l&rsquo;\u00e9bauche d&rsquo;un d\u00e9veloppement, tr\u00e8s difficile \u00e0 lire et \u00e9crit en abr\u00e9g\u00e9. Les \u00e9diteurs de 1856 en ont tir\u00e9 l&rsquo;essentiel&nbsp;[30], tout en compl\u00e9tant certaines phrases et en en supprimant quelques autres. Pourtant ils ont, sans raison visible, supprim\u00e9 les deux paragraphes de la fin, que Fourier a cependant marqu\u00e9s sp\u00e9cialement d&rsquo;un trait en marge. Ces paragraphes sont importants en effet pour justifier le titre du fascicule : Le Jeu des Oisons. Ils sont in\u00e9dits ; je les donne ici dans leur int\u00e9gralit\u00e9 :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Les enfants sont bien heureux en civilisation !&nbsp;[31]&nbsp;Quand Hutet nous avait d\u00e9lect\u00e9s toute la semaine, il nous faisait jouer les jeudis soirs au jeu de l&rsquo;oie. C&rsquo;\u00e9tait un grand bonheur pour nous, nous jouissions violemment, on avait double plaisir : la certitude de n&rsquo;\u00eatre pas battu pendant quelques heures et le charme de jouer au noble jeu de l&rsquo;oie. C&rsquo;\u00e9tait bien du plaisir \u00e0 la fois : c&rsquo;\u00e9tait la \u00ab composite \u00bb&nbsp;[32]&nbsp;dans tout son \u00e9clat. On a raison de dire que tout plaisir est relatif.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Je serais bien ingrat si je ne rendais aux civilis\u00e9s les plaisirs qu&rsquo;ils m&rsquo;ont fait go\u00fbter dans mon enfance et je serais un ingrat si je ne les r\u00e9galais d&rsquo;une s\u00e9ance sur le noble jeu de l&rsquo;oie renouvel\u00e9 des Grecs. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La page cinq, tr\u00e8s fortement tach\u00e9e de roux en bas et \u00e0 gauche, contient la hi\u00e9rarchie du cocuage, les pages six \u00e0 quatorze contiennent le commentaire. Le tout est \u00e9crit d&rsquo;une \u00e9criture extr\u00eamement nette et \u00e9l\u00e9gante, une \u00e9criture capable d&rsquo;enchanter \u00e0 la fois le graphologue et l&rsquo;artiste.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le lecteur trouvera plus loin, publi\u00e9s pour la premi\u00e8re fois avec les scrupules d&rsquo;une critique rigoureuse, ces textes magnifiques. Nous en avons reproduit toutes les le\u00e7ons ; nous avons respect\u00e9 l&rsquo;orthographe, aussi bien les formes d\u00e9su\u00e8tes que les formes personnelles, celles que l&rsquo;on appelle d&rsquo;ordinaire les fautes d&rsquo;orthographe. On nous excusera d&rsquo;avoir compl\u00e9t\u00e9 la ponctuation de Fourier, qui \u00e9tait notoirement insuffisante : c&rsquo;est la seule libert\u00e9 que nous ayons cru devoir nous permettre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette publication, nous osons l&rsquo;esp\u00e9rer, comblera les v\u0153ux des \u00e9rudits qui se sont attach\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude du fouri\u00e9risme. Ceux-ci \u00e9taient en effet unanimes \u00e0 se plaindre que la seule \u00e9dition des manuscrits de Fourier que nous poss\u00e9dions f\u00fbt aussi imparfaite : \u00ab Les publications posthumes, dit M. Hubert Bourgin, ont \u00e9t\u00e9 faites par les disciples de Fourier avec si peu de m\u00e9thode rigoureusement critique et, d&rsquo;autre part, avec tant de pr\u00e9occupations doctrinales qu&rsquo;elles n&rsquo;ont presque jamais \u00e9t\u00e9 la reproduction fid\u00e8le des textes : ces textes sont \u00e0 reprendre scientifiquement, en attendant l&rsquo;\u00e9dition critique et compl\u00e8te que les phalanst\u00e9riens n&rsquo;ont pas su faire&#8230; Il semble que ce travail aurait d\u00fb solliciter la pi\u00e9t\u00e9 des derniers disciples de Fourier ; il serait utile \u00e0 l&rsquo;histoire et \u00e0 la science.&nbsp;[33]&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce travail, \u00ab utile \u00e0 l&rsquo;histoire et \u00e0 la science \u00bb, il ne nous d\u00e9pla\u00eet pas de le commencer aujourd&rsquo;hui en publiant, selon les saines m\u00e9thodes de la critique des textes, l&rsquo;\u00e9dition d\u00e9finitive de la Hi\u00e9rarchie du Cocuage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avons conscience, ce faisant, non seulement de rendre service aux \u00e9crivains et particuli\u00e8rement aux dramaturges, qui puiseront dans ces pages une quantit\u00e9 presque infinie de sujets et de titres de com\u00e9dies, mais aussi de bien servir la m\u00e9moire de l&rsquo;auteur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand on veut attirer l&rsquo;attention sur un auteur inconnu ou m\u00e9connu, il le faut pr\u00e9senter sous son aspect le plus s\u00e9duisant. Or le g\u00e9nie de Fourier est d&rsquo;ordinaire r\u00e9barbatif et saugrenu ; sa folie, aussi certaine que son g\u00e9nie, est d&rsquo;un aspect g\u00e9n\u00e9ralement morose, et le peu de cas qu&rsquo;il fait des agr\u00e9ments litt\u00e9raires&nbsp;[34]rend fort p\u00e9nible la lecture de ses \u0153uvres. Pourtant il y avait parfois chez lui, comme l&rsquo;a not\u00e9 un de ses disciples, \u00ab du La Fontaine et du Moli\u00e8re \u00bb, et l&rsquo;on retrouve \u00e7a et l\u00e0 dans ses \u00e9crits des \u00ab traces de la parent\u00e9 de son g\u00e9nie avec ces deux g\u00e9nies si amis du vrai, qui, eux aussi, ont peint sans les farder et ont flagell\u00e9 \u00e0 leur mani\u00e8re les vices et les iniquit\u00e9s de la civilisation.&nbsp;[35]&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Moli\u00e8re et La Fontaine, c&rsquo;est beaucoup dire. Pourtant il y a dans l&rsquo;esprit de Fourier quelques traits qui l&rsquo;apparentent \u00e0 ces grands classiques : hardiesse, bonne humeur et \u00ab noble candeur \u00bb. Il est dogmatique, mais souriant ; et s&rsquo;il para\u00eet \u00eatre immoral, c&rsquo;est par cette sorte de moralit\u00e9 qui d\u00e9passe toute hypocrisie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Son ami Pellarin a fort bien d\u00e9fini le genre de plaisir qu&rsquo;on peut \u00e9prouver devant le fragment qu&rsquo;on va lire : \u00ab Arrivait-il parfois, \u00e9crit-il, que&#8230; Fourier abord\u00e2t quelqu&rsquo;une de ces questions qui sont mises en interdit par la pudibonderie hypocrite de nos m\u0153urs de parade, si peu conformes aux m\u0153urs secr\u00e8tes et r\u00e9elles de la plupart des Civilis\u00e9s\u2026, son langage avait un tel caract\u00e8re de na\u00efvet\u00e9 scientifique, que l&rsquo;esprit le plus corrompu n&rsquo;aurait pas trouv\u00e9 dans ses paroles mati\u00e8re \u00e0 une pens\u00e9e deshonn\u00eate. Et il en est \u00e0 cet \u00e9gard des \u00e9crits de Fourier comme de sa conversation : \u00e0 force de candeur, il y rend pudiques des choses qu&rsquo;un autre n&rsquo;aurait jamais os\u00e9 imprimer. On se sent partout, avec lui, en compagnie de la science, qui a le privil\u00e8ge de tout \u00e9purer.&nbsp;[36]&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a mieux, et le bon Pellarin s&rsquo;\u00e9vertue \u00e0 d\u00e9montrer, fort justement, que son ma\u00eetre, tax\u00e9 d&rsquo;immoralit\u00e9, fut au vrai un moraliste sup\u00e9rieur : \u00ab On peut reprocher \u00e0 Fourier d&rsquo;avoir fait, dans plus d&rsquo;un passage de ses livres, une peinture indiscr\u00e8te des d\u00e9sordres amoureux du r\u00e9gime actuel ; ce qui ne permet pas de mettre aux mains de tout le monde son \u0153uvre compl\u00e8te. Il faut observer toutefois que le critique prend toujours parti pour les victimes et contre les auteurs des m\u00e9faits qu&rsquo;il raconte. Ainsi, \u00e0 propos de l&rsquo;adult\u00e8re, et contrairement \u00e0 l&rsquo;opinion qui r\u00e8gne chez nous, c&rsquo;est sur les trompeurs et non sur les maris tromp\u00e9s, que Fourier d\u00e9verse le bl\u00e2me et le ridicule. Aussi les tableaux de mauvaises m\u0153urs qu&rsquo;il esquisse, trop cr\u00fbment quelquefois, ont-ils toujours, dans son intention, un but louable et moral.&nbsp;[37]&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces lignes d\u00e9finissent excellemment la port\u00e9e de notre publication et nous les prenons volontiers \u00e0 notre compte : si nous avons voulu donner une \u00e9dition critique de la Hi\u00e9rarchie du Cocuage, c&rsquo;est d&rsquo;abord pour l&rsquo;int\u00e9r\u00eat scientifique de cette publication, c&rsquo;est encore pour la valeur litt\u00e9raire de ce texte, mais c&rsquo;est aussi et surtout pour sa valeur sainement, hautement, saintement moralisatrice.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"ancre\">[1]Andr\u00e9 Delrieu, dans le Si\u00e8cle du 16 octobre 1837 ; cit\u00e9 par le Dr Charles Pellarin : Vie de Fourier, cinqui\u00e8me \u00e9dition, Dentu, 1871, petit in-8, p. 213.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"ancre2\">[2]&nbsp;Pellarin, op. cit., p. 123.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"ancre3\">[3]Mme Lacombe (demoiselle Corvoisier), dans la Phalange du 1er juillet 1838, cit\u00e9 par Pellarin, p. 213.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"ancre4\">[4]&nbsp;Pellarin, p. 123.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"ancre5\">[5]Mme Lacombe, op. cit., p. 123.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"ancre6\">[6]&nbsp;Proudhon : De la Cr\u00e9ation de l&rsquo;ordre dans l\u2019Humanit\u00e9, Paris, 1843, in-12 p. 179, note. Cit\u00e9 par Hubert Bourgin : Fourier, Paris, Soci\u00e9t\u00e9 nouvelle de librairie et d&rsquo;\u00e9dition, 1905, in-8, p. 48, note 2.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"ancre7\">[7]&nbsp;Lettre de B\u00e9ranger \u00e0 \u00c9douard de Pompery, cit\u00e9e par Pompery : Exposition de la science sociale constitu\u00e9e par C. Fourier, deuxi\u00e8me \u00e9dition, Paris, 1840, in-16, p. 74, et par Pellarin, op. cit., p. 221 &#8211; Cf. Pellarin, p. 143 et Bourgin, op. cit., p. 50.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[9]&nbsp;Cf. La chanson de B\u00e9ranger : Les Fous, cit\u00e9e par Pellarin en note, p. 33-34.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"ancre8\">[8]&nbsp;En publiant son Trait\u00e9 de l\u2019Association domestique-agricole, Fourier esp\u00e9rait que l&rsquo;ann\u00e9e m\u00eame de cette publication, en 1822, on pourrait pr\u00e9parer le premier phalanst\u00e8re, le \u00ab canton d&rsquo;essai \u00bb ; il serait install\u00e9 d\u00e9finitivement en 1823, et d\u00e8s l&rsquo;ann\u00e9e suivante imit\u00e9 par tous les civilis\u00e9s. En 1825, \u00ab adh\u00e9sion des barbares et sauvages \u00bb ; en 1826 \u00ab organisation de la hi\u00e9rarchie sph\u00e9rique \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire de l&#8217;empire phalanst\u00e9rien du monde, et en 1827, \u00ab versements d&rsquo;essaims coloniaux \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire colonisation de toutes les terres inhabit\u00e9es du monde par le prodigieux exc\u00e8s de population qu&rsquo;auraient produit quatre ans de vie phalanst\u00e9rienne. (Trait\u00e9 de l&rsquo;association, \u00e9dition de 1822, tome I, p. 281. \u2013 \u00c9dition de 1841, deuxi\u00e8me volume, p. 370).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[10]Fourier pr\u00e9curseur de la coop\u00e9ration, le\u00e7on du 6 d\u00e9cembre 1921 au Coll\u00e8ge de France, par Charles Gide. (Association pour l&rsquo;enseignement de la coop\u00e9ration).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[11]&nbsp;C\u2019est \u00ab un sensualisme pur \u00bb, dit E. Levasseur, qui donne un excellent r\u00e9sum\u00e9 du fouri\u00e9risme dans son Histoire des Classes ouvri\u00e8res en France depuis 1789 jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours (Paris, Hachette, 1867, deuxi\u00e8me volume, in-8, tome I, p. 502-518). On saura dans cet ouvrage distinguer de l&rsquo;expos\u00e9 la critique, qui proc\u00e8de d&rsquo;un bon sens un peu court.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[12]&nbsp;Th\u00e9orie des Quatre Mouvements. \u00c9dition de 1808, sans nom d&rsquo;auteur, \u00e0 Leipzig, in-8, p. 268. \u00c9dition de 1841, tome I des \u0152uvres Compl\u00e8tes, p. 285.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[13]Trait\u00e9 de l\u2019Association domestique-agricole. Avant-propos, Premi\u00e8re \u00e9dition, Paris et Londres, Bossange et Mongie, deuxi\u00e8me volume, in-8, tome I, p. XXIV. \u2013 R\u00e9\u00e9dition de 1843, sous le titre de Th\u00e9orie de l\u2019Unit\u00e9 Universelle (tome II des \u0152uvres Compl\u00e8tes), p.21-22.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[14]&nbsp;E. Silberling : Dictionnaire de Sociologie phalanst\u00e9rienne. Paris, Marcel Rivi\u00e8re, 1911, in-8. Article Passion.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[15]&nbsp;Balzac connaissait et admirait son \u0153uvre, comme il r\u00e9sulte d&rsquo;un curieux billet in\u00e9dit et anonyme, conserv\u00e9 dans les archives fouri\u00e9ristes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[ancre=16[16] [\/ancre]Th\u00e9orie des Quatre Mouvements, \u00e9ditionde 1808, p. 144 ; \u00e9dition de 1841, p. 151.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[17]Pellarin, op. cit., p. 84. Cf. Bourgin, p. 32 ; Gide, p. 17. Le d\u00e9go\u00fbt de Fourier pour le commerce date d&rsquo;ailleurs de bien plus loin que sa ruine et sa vie mis\u00e9rable : s&rsquo;il faut en croire son propre t\u00e9moignage, recueilli par Victor Consid\u00e9rant, il n&rsquo;avait que cinq ans lorsqu&rsquo;il s&rsquo;aper\u00e7ut des vices et des hypocrisies du commerce et jura contre lui \u00ab un nouveau serment d\u2019Annibal \u00bb. (Pellarin, p. 29).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[18]Pellarin, p. 149. Bourgin, p. 32.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[19]Pellarin, p. 150 et 180. Bourgin, p. 49.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[20]&nbsp;La papillonne, une des trois passions distributives, appel\u00e9e encore variante, alternante ou contrastante, est le besoin de vari\u00e9t\u00e9. (Cf. Silberling, article Papillonne). C&rsquo;est faute de la comprendre et de l&rsquo;utiliser que les civilis\u00e9s font du travail une corv\u00e9e ; c&rsquo;est en s&rsquo;y conformant que Fourier rendra au phalanst\u00e8re le travail attrayant. Elle a la m\u00eame importance pour le plaisir que pour le travail et sa pr\u00e9pond\u00e9rance dans le caract\u00e8re de notre race fait qu&rsquo;il n&rsquo;y a nulle part au monde autant de cocus qu&rsquo;en France. \u00ab La coutume de mariage permanent peut convenir aux Allemands, nation calme, constante, m\u00e9thodique jusqu&rsquo;\u00e0 la monotonie. Un tel caract\u00e8re se concilie avec l&rsquo;uniformit\u00e9 du lien conjugal ; mais le Fran\u00e7ais qui a toutes les qualit\u00e9s oppos\u00e9es, l&rsquo;inqui\u00e9tude, l&rsquo;inconstance, l&rsquo;\u00e9tourderie, etc., est de tous les caract\u00e8res le moins compatible avec le mariage perp\u00e9tuel ; aussi les mariages sont-ils g\u00e9n\u00e9ralement mauvais en France ; de l\u00e0 vient que les Fran\u00e7ais sont les plus grands cocus qu&rsquo;il y ait sur la terre. \u00bb (Manuscrit : cote suppl\u00e9mentaire, n\u00b0 58. \u2013 Publication des Manuscrits de Charles Fourier. Ann\u00e9es 1853-1856. Paris, librairie Phalanst\u00e9rienne, 1856, premier volume, in-12, p. 273). Nous avons v\u00e9rifi\u00e9 l&rsquo;exactitude du texte sur le manuscrit original ; celui-ci porte d&rsquo;ailleurs \u00e0 la suite un passage tr\u00e8s savoureux sur les coutumes des Allemandes \u00ab tant qu&rsquo;elles sont demoiselles \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous nous r\u00e9signons \u00e0 ne pas publier aujourd&rsquo;hui ce passage in\u00e9dit, parce qu&rsquo;il n&rsquo;est pas dans notre sujet et qu&rsquo;il faut pourtant savoir se borner.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[21]&nbsp;Trait\u00e9 de l&rsquo;Association, \u00e9dition de 1822, tome II, p. 416 sq. Dans l&rsquo;\u00e9dition de 1841, tous les \u00ab Interliminaires \u00bb ont \u00e9t\u00e9 chang\u00e9s de place et transport\u00e9s plus haut au milieu des \u00ab Cis-l\u00e9gom\u00e8nes \u00bb, consacr\u00e9s \u00e0 la \u00ab th\u00e9orie mixte ou \u00e9tude sp\u00e9culative de l&rsquo;association \u00bb, (Th\u00e9orie de l&rsquo;unit\u00e9 universelle, troisi\u00e8me volume, p. 121 sq., \u0152uvres compl\u00e8tes, tome IV).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[22]&nbsp;L&rsquo;adult\u00e8re est la douzi\u00e8me des \u00ab disgr\u00e2ces \u00bb conjugales, dont Fourier a fait \u00e0 plusieurs reprises le tableau complet. Voir Silberling, op. cit., article Mariage, et Bourgin, op. cit., p. 212-214.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[23]\u00c9dition de 1822, tome II, p. 419. \u00c9dition de 1841, troisi\u00e8me volume, p. 124.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[24]&nbsp;Cette classification peut sembler \u00e9trange. Elle est tout \u00e0 fait habituelle \u00e0 la pens\u00e9e syst\u00e9matique de Fourier. Toute son \u0153uvre est pleine de classifications semblables, groupant autour d&rsquo;un centre des ailes ascendantes, puis descendantes. On en prendra pour exemple, soit la distribution g\u00e9n\u00e9rale des seize tribus constituant la phalange, des nourrissons (jusqu&rsquo;\u00e0 un an) aux patriarches (au-dessus de cent vingt ans. \u2013 Voir Le Nouveau Monde industriel et soci\u00e9taire, \u00e9dition de 1829, Paris, Bossange, premier volume, in-8, p. 130-131 ; \u00e9dition de 1845, p. 110), soit \u00ab la s\u00e9rie de la culture des poiriers \u00bb, qui r\u00e9unit en trente-deux groupes les amateurs de poires, pour qui la culture de ce fruit est un travail attrayant : depuis les deux groupes d&rsquo;avant-poste, qui cultivent les \u00ab coings et sortes b\u00e2tardes dures \u00bb, en passant par les huit groupes du centre, ceux des amateurs de \u00ab poires fondantes \u00bb, jusqu&rsquo;aux deux groupes d&rsquo;arri\u00e8re-poste, cultivant les \u00ab n\u00e8fles et sortes b\u00e2tardes molles \u00bb. (Voir Th\u00e9orie des Quatre Mouvements, \u00e9dition de 1808, p. 405 ; \u00e9dition de 1841, p. 433).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[25]&nbsp;Cf. Th\u00e9orie des Quatre Mouvements (\u00e9dition de 1808 p. 172 ; \u00e9dition de 1841, p. 187) : \u00ab Les femmes sont bien plus cocues que les hommes ; et si le mari en porte d&rsquo;aussi hautes que les bois du cerf, on peut dire que celles de la femme s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent \u00e0 la hauteur des branches d&rsquo;arbre. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[26]Trait\u00e9 de l\u2019Association, \u00c9dition de 1822, tome II, p. 421-422. \u00c9dition de 1841, troisi\u00e8me volume, p. 126-129. Le passage a \u00e9t\u00e9 r\u00e9imprim\u00e9 aussi dans l&rsquo;Harmonie Universelle et le Phalanst\u00e8re expos\u00e9s par Fourier. Recueil m\u00e9thodique de morceaux choisis de l&rsquo;auteur. Paris, librairie Phalanst\u00e9rienne, 1849, deuxi\u00e8me volume, in-12, tome II, p. 136-138.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[27]Publication des Manuscrits de Charles Fourier. Ann\u00e9es 1853-1856. Paris, librairie Phalanst\u00e9rienne, 1856, premier volume, in-12, p. 249-272.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[28]Les \u00e9diteurs datent ce morceau, \u00e0 la table du volume cit\u00e9, de 1816 ; nous ne savons sur quoi ils s&rsquo;appuient pour le faire. \u00c0 vrai dire, la question du cocuage a hant\u00e9 Fourier toute sa vie ; d\u00e8s son premier ouvrage il en parle (Th\u00e9orie des Quatre Mouvements, 1808,p. 172-175) ; mais il n&rsquo;a \u00e0 ce moment qu&rsquo;une classification simple en neuf degr\u00e9s ; il se borne \u00e0 citer \u00ab les trois classes les plus distinctes \u00bb des cocus, cornettes et cornards. Une note manuscrite de Fourier \u00e0 un exemplaire de 1808, que nous avons sous les yeux, fait allusion aux soixante-quatre esp\u00e8ces progressives, depuis le cocu en herbe jusqu&rsquo;au cocu posthume. Cette note a \u00e9t\u00e9 intercal\u00e9e par Consid\u00e9rant et Paget dans la deuxi\u00e8me \u00e9ditionde la Th\u00e9orie (1841, p. 188). L&rsquo;\u00e9tablissement de la hi\u00e9rarchie se place donc entre 1808 et 1822, date du Trait\u00e9 de l\u2019Association, et c&rsquo;est entre ces deux dates qu&rsquo;a d\u00fb \u00eatre \u00e9crit notre manuscrit. Cependant il faut remarquer que les soixante-quatre esp\u00e8ces annonc\u00e9es dans le Trait\u00e9 ne correspondent pas au manuscrit, o\u00f9 l&rsquo;on trouve quarante-neuf esp\u00e8ces simples et, avec les compos\u00e9es, quatre-vingts esp\u00e8ces.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il faut donc admettre \u2013 hypoth\u00e8se que confirme d&rsquo;ailleurs l&rsquo;\u00e9tude attentive du manuscrit \u2013 que Fourier a remani\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises sa classification, sans d&rsquo;ailleurs arriver \u00e0 lui donner une forme d\u00e9finitive et parfaite. Pour les autres passages de Fourier relatifs \u00e0 la question, voir Silberling, article Adult\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[29]&nbsp;Les Archives fouri\u00e9ristes, l\u00e9gu\u00e9es par Victor Consid\u00e9rant \u00e0 M. F. Kleine, ancien directeur de l&rsquo;\u00c9cole des Ponts et Chauss\u00e9es, ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9es en 1922 au Centre de Documentation Sociale de l&rsquo;\u00c9cole Normale Sup\u00e9rieure ; elles contiennent tous les manuscrits de Fourier, dont beaucoup sont in\u00e9dits, et une masse \u00e9norme et fort int\u00e9ressante de lettres de ou \u00e0 Victor Consid\u00e9rant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[30]&nbsp;Pages 251-252.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[31]Le texte porte ici ces mots incoh\u00e9rents : coudes frapp\u00e9s, colophane, grimpade, \u00e9cureuil, raves, fouet, cordes, Xavier. Ils suffisaient \u00e9videmment \u00e0 \u00e9voquer pour Fourier des souvenirs du coll\u00e8ge de Besan\u00e7on o\u00f9 il avait fait ses \u00e9tudes, souvenirs qu&rsquo;il comptait peut-\u00eatre d\u00e9velopper en reprenant ce passage. Fourier fut sans doute tr\u00e8s malheureux dans ses ann\u00e9es de coll\u00e8ge. Cf. Silberling, article \u00c9ducation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[32]La passion composite est, pour Fourier, une des trois passions distributives ou m\u00e9canisantes, avec la cabaliste et la papillonne : elle porte l&rsquo;homme \u00e0 chercher des combinaisons de plaisirs divers. Cf. Silberling, article Composite.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[33]&nbsp;Bourgin, op. cit., p. 23-24.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[34]Cf. Silberling, op. cit., article Style. Il est vrai que Fourier voulut d\u00e9montrer un jour que d&rsquo;autres \u00e9crivaient plus mal que lui : il prit \u00ab une page de M. Guizot \u00bb et y nota douze absurdit\u00e9s, demandant s&rsquo;il \u00e9tait possible \u00ab d&rsquo;accumuler plus de choses bizarres dans un style plus grotesque \u00bb. (Livret d&rsquo;annonce du Nouveau Monde industriel. Paris, Bossange, 1830, in-8. p. 47). Il avait sans doute raison : mais \u00e9crire moins mal que M. Guizot, cela ne suffit pas pour \u00eatre lisible.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[35]&nbsp;Pellarin, op. cit., p. 125-126.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[36]Pellarin, p. 126.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">[37]Pellarin, p. 100, note 1.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">REN\u00c9 MAUBLANC<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fran\u00e7ois-Marie Charles Fourier naquit \u00e0 Besan\u00e7on le 7 avril 1772 ; il mourut \u00e0 Paris, au n\u00b0 9 de la rue Saint-Pierre-Montmartre, le 10 octobre 1837, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de soixante-cinq ans. C&rsquo;\u00e9tait, aux derniers temps de sa vie, \u00ab un vieillard petit, maigre, au front de Socrate&nbsp;[1]. 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