Peut-on aimer deux personnes à la fois ?

Quel comportement adopter face à l’adultère, comment réagir? Beaucoup de questions, quelques débuts de réponses. Ne pas poster de témoignage dans cette rubrique.

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Sans Prétention
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Peut-on aimer deux personnes à la fois ?

Message par Sans Prétention » mer. 22 nov. 2017 15:45

Un jour ou l’autre, la question nous effleure ou se pose concrètement. Nouvelle dimension affective ou catastrophe assurée ?
Deux thérapeutes répondent.


A cette question, l’affolement nous gagne et notre première réaction est de répondre d’un « non » péremptoire, comme si nous étions accusés de je ne sais quelle perversion. Le besoin d’ancrage, de sécurité intérieure, de fidélité soude toujours, et même de plus en plus, les couples. Pourtant, le film de Robert Guédiguian, “Marie-Jo et ses deux amours”, dans lequel une femme d’une quarantaine d’années est déchirée par l’amour qu’elle porte à deux hommes, peut être saisi comme l’occasion de se poser plus sincèrement la question.

Un rêve de monogamie


« De nos jours, nombreux sont ceux qui, à un moment ou à un autre de leur vie, se demandent s’ils ne sont pas en train d’aimer deux personnes, explique Sara-Anne de Saint-Hubert (auteur du Cosmos en soi, Le Rocher, 2002), psychothérapeute. Je crois que la morale classique n’est plus adaptée à la physiologie amoureuse de nos contemporains. L’une des conquêtes de notre époque est de pouvoir résister à la conception dualiste du “j’aime-je n’aime pas” pour comprendre que ce concept d’amour recoupe une gamme de nuances très variées. Vous remarquerez que l’on n’utilise pas toujours le même vocabulaire puisque, selon l’intensité, on parle d’amourette, de coup de foudre, de passion. De même, nous aimons certaines personnes en supportant difficilement leur absence quand, avec d’autres, les séparations ne nous pèsent pas outre mesure. »

Pour Didier Dumas (auteur de Sans père et sans parole - Hachette, 1999 - et La Bible et ses fantômes - Desclée de Brouwer, 2001), psychanalyste, c’est une question d’héritage. « Nos sociétés occidentales vivent encore sur un rêve de monogamie, dans l’idée qu’une seule personne viendra combler tout ce que nous attendons de l’amour et que, en retour, nous serons la totalité pour elle. Or, pour beaucoup, cela recrée le modèle de base, le lien mère-enfant car, aussi bien pour l’homme que pour la femme, la sexualité se construit au stade fœtal. Nous mettons alors notre mari, ou notre épouse, à la place de notre mère et, à partir de là, nous ne sommes jamais satisfaits et toujours dans la plainte. Alors, aimer deux personnes en parallèle peut être une façon d’éviter cette projection sur la personne aimée du rapport à la mère. »

Encore faut-il que le couple originel ne soit pas trop fusionnel. Sinon, comment l’un ou l’autre des partenaires pourrait entretenir une liaison en parallèle sans se sentir coupable et malheureux ? Même s’il choisit de ne rien dire, il aurait l’impression de tomber dans le fameux trio du vaudeville : le couple légitime plus l’amant ou l’amante.

« Si l’on retombe dans cet ancien modèle, où tout se vivait dans le non-dit, on aboutit à une folie ! déclare Didier Dumas. Ceux qui parviennent à bien vivre ce genre de situation sont ceux qui arrivent à parler, entre eux, de leur sexualité et de leur amour. Ce qui est loin d’être facile car il faut transgresser deux mille ans d’une sexualité vécue hors du langage ! Mais si l’on ne “parle pas le plaisir”, si l’on ne met pas de mots dessus, on le relègue dans l’ineffable. Au mieux, on se dit : “Tiens, avec Julien j’ai senti ça, tandis qu’avec André, c’est autre chose.” Mais on ne comprend ni le pourquoi ni le comment. L’autre jour, un ami m’a dit qu’il avait une maîtresse. Ma première réaction a été de lui demander s’il en avait parlé avec sa femme, car ce n’est qu’en parlant que l’on peut analyser ce qui se passe dans notre tête et dans notre corps. »

« Bien sûr, dans l’idéal, le simple respect dicterait que l’on annonce à son partenaire que l’on a fait une rencontre, poursuit Sara-Anne de Saint-Hubert. Et l’autre devrait reprendre ces paroles d’une chanson de Léo Ferré : “Ce que tu fais c’est bien, puisque je t’aime.” Mais dire ou ne pas dire dépend de la maturité de l’autre, car s’il n’est pas suffisamment construit à l’intérieur de lui-même, il va se sentir dévalorisé et souffrir. C’est à chacun d’évaluer ce qu’il peut, ou non, révéler. Et si l’autre nous aime d’un amour non possessif, s’il a conscience que l’on ne peut pas uniquement se nourrir de lui et qu’aimer une autre personne ce n’est pas l’aimer moins, la situation est supportable. »

Ne rien se refuser ?

On peut se demander néanmoins si s’autoriser à aimer deux personnes n’est pas adopter l’attitude capricieuse de quelqu’un qui ne veut rien se refuser. « N’oublions pas qu’il y a autant de sexualités que d’êtres humains, rappelle Didier Dumas. Il n’y a pas deux pénis ni deux vulves semblables, comme il n’y a pas deux visages similaires. Quand on aime deux personnes, on a, avec chacune, une sexualité différente, et c’est justement parce que ce n’est pas la même chose que c’est intéressant. La sexualité est une création et, en fréquentant deux personnes, nous créons deux œuvres différentes. »

Si ces relations duelles furent longtemps l’apanage des hommes, de plus en plus de femmes adoptent ce comportement. Ce qui tendrait à prouver qu’elles s’abstenaient à cause de leur situation historique et non d’une structure différente en profondeur. « Il y a une différence de structure, mais pas entre les hommes et les femmes, entre le masculin et le féminin, commente Sara-Anne de Saint-Hubert. Certains hommes, au féminin très développé, vont avoir une attitude proche de celle des femmes, et vice-versa. La structure du masculin étant animée par une force centrifuge qui le pousse hors de son centre, il aura une plus grande propension que le féminin, animé par une force centripète, à vivre des amours doubles. Le féminin, quand il s’attache, se centre avec puissance sur la personne concernée, il est donc moins ouvert à une expérience parallèle. »

Le don d’aimer

Dans les romans ou les films, tel celui de Robert Guédiguian ou le “Jules et Jim” de François Truffaut, dans les années 60, ces histoires, romanesque oblige, se terminent par la mort de l’un ou de deux des protagonistes. Dans la réalité, certains réussissent à aimer deux personnes pendant des années sans qu’aucun tragique ne s’en mêle. Simplement, il arrive un moment où l’un des trois se lasse, et que l’un des amours se termine pendant que l’autre perdure.

Et Sara-Anne de Saint-Hubert de conclure : « Il ne faut pas culpabiliser quand son itinéraire de vie ne correspond pas avec l’idéal social, même si les gens affichent une certaine réprobation. Mener deux histoires en parallèle révèle, avant tout, que vous possédez ce don primordial qui est d’aimer. »

Elles le vivent

« Vous aimez deux personnes à la fois… » En plein mois de juillet, nous avons lancé cet appel à témoins sur notre site psychologies.com. Avec peu d’espoir. Et vos témoignages ont afflué. Certains pathétiques, d’autres frivoles. Curieusement, beaucoup plus de femmes que d’hommes. Nous avons sélectionné ceux de Brigitte et de Caroline. En aimant deux hommes, la première éprouve beaucoup de culpabilité et a le sentiment de s’y perdre. Amoureuse d’un homme et d’une femme, la seconde regrette de ne pas pouvoir assumer son bonheur au grand jour.

BRIGITTE : « Vivre deux amours, c’est n’en vivre aucun en entier »

« Je vis depuis plusieurs mois avec un homme et j’ai renoué, depuis quelque temps, avec un ex. Je pense que si j’en suis arrivée à aimer deux hommes, c’est que le premier ne prétend être heureux que par l’amour que je lui porte. Cette responsabilité exclusive de son bonheur est devenue un fardeau dont je me suis allégé… avec un autre. Je suis protectrice et maternelle avec le premier, protégée et maternée par le second.
Aimer deux hommes, c’est avoir un problème avec soi, une incapacité à choisir, à connaître ses vrais désirs, ses vrais besoins. On tente un compromis entre soi, l’entourage, le cœur, la raison, la morale… Comme s’il y avait l’homme “comme il faut” et l’homme “qu’il me faut”. Et tout cela renvoie inévitablement à : “Qui je suis, moi ?” Vivre deux amours, c’est n’en vivre aucun en entier. La preuve, je ne fais de vrais projets (avenir commun, enfants, etc.) ni avec l’un ni avec l’autre.

J’éprouve un incessant sentiment de culpabilité. Je me sens coupable d’égoïsme ; coupable de leur faire du mal ; coupable de l’amour que je reçois et que je ne rends qu’à moitié ; coupable de ne pas être la femme que j’imaginais être ; coupable de ne pas être capable de construire le couple dont je rêve. Si je dois, un jour, choisir entre les deux, il me faudra réfléchir à ce que j’attends d’un homme. Quitter le mythe de l’homme idéal. Ne pas chercher à savoir lequel j’aime le plus mais lequel me rendra plus heureuse. J’ai du mal à me respecter dans cette position de déséquilibre, de fille qui ne sait pas prendre une décision, choisir, trancher, qui ne sait pas quel amour lui est le plus nécessaire. J’en viens parfois à me dire que je vais quitter les deux. Non pas pour ne pas choisir mais pour me recentrer sur ma vie, retrouver qui je suis. »

CAROLINE : « Mon quotidien s’organise entre Jules, Constance et mes enfants »


« J’ai souffert d’être une enfant unique et, par ricochet, j’ai toujours eu envie d’avoir beaucoup d’enfants. J’étais obsédée par la recherche de leur père. J’ai rencontré la perle rare avec Jules : nous nous sommes connus en avril 1990, j’étais enceinte en juillet et mariée en novembre. J’ai été très heureuse à la naissance de chacun de mes fils. En 1997, j’ai fait une grossesse extra-utérine qui m’a rendue stérile. Rapidement, je n’ai plus eu de désir sexuel. Mon mari et moi sommes très complices et nous en avons beaucoup discuté. Je l’ai laissé avoir une aventure extraconjugale, qui dure toujours. Moi, après une analyse et un coup de foudre pour une collègue de travail, j’ai découvert mon homosexualité.

En avril 2000, je suis tombée raide dingue amoureuse de Constance. J’en ai parlé avec Jules, il m’a dit : “Vis ce que tu as envie de vivre.” Depuis, ma vie s’organise entre lui, Constance et mes trois enfants. Elle a déménagé pour habiter en face de chez nous. Nous arrivons à nous voir tous les jours. Parfois, nous sortons tous les trois avec les enfants, au resto, au cinéma ou à la campagne.

Nos amis ont du mal à comprendre. Ils plaignent “ce pauvre Jules dont la femme est lesbienne”… Mais sa vie va bien. Je pense que je l’aime toujours, même si ce n’est pas facile de lui dire : “Ce soir, je suis avec Constance.” D’autant qu’avec mes amis gays, l’incompréhension est la même : “Pauvre Constance, qui ne peut pas vivre en couple avec celle qu’elle aime.” Mais Constance m’assure qu’elle est heureuse, et jamais elle ne m’a demandé de quitter mon mari pour elle.

Parfois, je craque. D’abord, à cause de la gestion du quotidien qui est lourde : j’assume tout, sans doute par culpabilité. Ensuite, parce que j’aimerais pouvoir vivre tout ça au grand jour. Pouvoir dire, simplement : “J’aime Jules et j’aime Constance.” Pourquoi cela n’est-il pas possible ? »

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Sans Prétention
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Re: Peut-on aimer deux personnes à la fois ?

Message par Sans Prétention » mer. 22 nov. 2017 15:45



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