Violences psychologiques et physiques dans le couple...

Quel comportement adopter face à l’adultère, comment réagir? Beaucoup de questions, quelques débuts de réponses. Ne pas poster de témoignage dans cette rubrique.

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cecile82
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Violences psychologiques et physiques dans le couple...

Message par cecile82 » ven. 30 juin 2017 16:24

Meurtres conjugaux : des femmes tuées pour ce qu’elles sont

Chaque année en France, plus d’une centaine de femmes sont abattues par leur conjoint ou leur ex, sans que cela n’émeuve grand monde. «Libération», qui a recensé ces meurtres évoqués dans la presse, montre l’hétérogénéité des profils et un mécanisme assez récurrent. Des solutions de prévention existent.

Elles s’appelaient Géraldine, Christelle, Ninon, Marine, Carole, Myriam. Toutes sont mortes ces derniers mois sous les coups de leur mari, compagnon ou ex-conjoint. Leur décès a eu lieu dans l’indifférence générale, politique et médiatique. Les circonstances de la mort de ces femmes ont parfois été résumées en quelques lignes dans une dépêche AFP, comme autant d’événements anecdotiques. Les titres de presse régionale les ont systématiquement traitées dans la rubrique faits divers, qualifiant l’événement de «crime passionnel», de «différend conjugal» ou de «drame de la rupture». Autant d’euphémismes pour qualifier des homicides qui se produisent le plus souvent dans l’intimité du domicile conjugal, sans témoin. Les victimes n’ont parfois pas de prénom, pas de profession. Dans la presse, il arrive que seuls leur âge et le mode opératoire de leur agresseur apparaissent : «Etranglée», «tuée par balle», au «couteau de cuisine» ou «à coups de fer à repasser».

Après avoir vu passer, une nouvelle fois, l’un de ces titres sans que cela n’émeuve grand monde, nous nous sommes demandé qui étaient ces femmes. Nous avons recensé les articles des journaux locaux, régionaux et nationaux, pour tenter d’en savoir plus sur ces victimes anonymes. Ce corpus n’est pas exhaustif : tous les cas n’ont pas été relayés par les médias, et quand ils le sont, c’est souvent de manière parcellaire. Ce travail permet de prendre conscience de ce que les chiffres ne disent pas : les noms, prénoms, âges, situations familiales, professions, mais aussi les circonstances de la mort de ces femmes, les éventuels antécédents ou le traitement judiciaire. Au total, Libération a enquêté sur 220 décès de femmes. Toutes ont été tuées par leur conjoint, mari ou ex entre 2014 et 2016.

Nos chiffres, parce qu’ils s’appuient sur l’étude d’articles de presse, ne correspondent pas à ceux du ministère de l’Intérieur : les derniers en date font état de 122 femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en 2015, soit un décès tous les trois jours. Cet ordre de grandeur, répété tous les 25 novembre à l’occasion de la «journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes», est resté constant ces dernières années. La Place Beauvau dénombrait également 22 morts d’hommes la même année. Libération a fait le choix de se concentrer sur les femmes. Evidemment, des hommes sont eux aussi victimes de violences conjugales. Mais l’écrasante majorité des victimes de meurtres conjugaux sont de sexe féminin. Pour de nombreuses associations et universitaires, ces meurtres procèdent d’une violence de genre, reposent sur ce que la sociologue Pauline Delage appelle «une asymétrie de genre», dans son ouvrage Violences conjugales : du combat féministe à la cause publique (Presses de Sciences-Po). Certains parlent d’ailleurs de «féminicides», notion inscrite dans le droit pénal de plusieurs pays sud-américains, mais qui peut aussi être appliquée à des meurtres de femmes commis hors du cadre conjugal. En France, le fait que l’auteur de l’homicide soit le conjoint ou l’ex de la victime est une circonstance aggravante.

Le recensement des articles de presse sur les femmes tuées par leur partenaire actuel ou passé a permis de battre en brèche plusieurs idées reçues. Ce qui frappe d’abord, c’est l’hétérogénéité des profils de victimes. «Les violences conjugales touchent toutes les femmes», et pas seulement les classes les plus défavorisées, expliquait à Libération Laurence Rossignol, alors ministre des Droits des femmes, juste avant l’élection présidentielle. La grande majorité des 220 victimes étaient insérées socialement, avaient un domicile, souvent des enfants. Etudiante ou retraitée, urbaine ou rurale, bretonne ou corse, toutes les tranches d’âge et toutes les régions semblent touchées. L’Ile-de-France compte le plus de victimes, elle est aussi la plus peuplée. Seule une vingtaine de femmes tuées étaient de nationalité étrangère, selon les articles que nous avons recensés. La consommation d’alcool de l’agresseur n’est évoquée que dans quinze cas.

Les circonstances, en revanche, sont souvent similaires. Le meurtre a souvent lieu au domicile ou à proximité (dans 170 cas), et dans un contexte de séparation ou au moment de l’officialisation de la rupture (déménagement ou instance de divorce). L’une des femmes a par exemple été tuée par son compagnon alors qu’elle venait de s’installer dans son nouvel appartement avec ses deux enfants. En recueillant ces données, nous avons pu observer également que l’auteur du meurtre était déjà connu pour des faits de violences. Dans la plupart des cas, ces antécédents sont relayés par des proches ou des voisins interrogés par la presse après le meurtre, relatant des disputes ou des coups, sans pour autant qu’il n’y ait de trace de plainte ou de main courante. 21 des 220 conjoints avaient déjà été jugés pour des violences conjugales, 16 avaient déjà été visés par une plainte ou une main courante pour violences conjugales, 17 avaient déjà été condamnés dans une autre affaire. Des chiffres relativement peu élevés, qui font écho à ceux de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) et de l’Insee, qui estiment que seul un quart des femmes victimes de violences conjugales se rendent au commissariat ou à la gendarmerie (14 % portent plainte, 8 % déposent une main courante). Les articles de presse que nous avons consultés étant toutefois souvent incomplets, il est possible que le nombre de plaintes ou de condamnations soit plus élevé que ce que nous avons constaté.

Le suicide du meurtrier est également fréquent. Selon les données que nous avons recueillies, dans 75 des 220 cas, l’auteur des faits se donne la mort après avoir tué sa compagne, coupant ainsi court à toute possibilité de procès.

Des femmes sous emprise

Pourquoi n’est-elle pas partie avant le coup fatal ? La question revient souvent, en filigrane, dans les articles de presse sur les homicides conjugaux. On y sous-entend que la victime aurait dû porter plainte dès le premier coup ou la première insulte, qu’elle n’aurait pas dû rester sans dénoncer son conjoint, qu’elle serait coupable de ne pas avoir réagi à temps. Une culpabilisation rappelant celle à l’œuvre pour les violences sexuelles qui reflète une méconnaissance de ce qu’est l’emprise.

«Toutes les femmes que nous recevons vivent des histoires différentes, mais les mécanismes sont exactement les mêmes», analyse Annie Guilberteau, directrice générale de la Fédération nationale des centres d’information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF), qui accueillent des milliers de femmes subissant des violences chaque année. Des femmes qui «sont peu à peu isolées de leur sphère professionnelle, amicale, sociale, et deviennent totalement dépendantes de leur conjoint», détaille-t-elle.

Cette dépendance est aussi parfois financière ou administrative, une des stratégies des conjoints étant aussi de confisquer carte bancaire, chéquier ou papiers d’identité. Privées de leur liberté et piégées dans leur relation, les victimes ne cherchent pas à s’opposer par peur des représailles, et encore moins à fuir. Les proches, eux, se révèlent souvent démunis face à l’absence de réaction de la victime, l’incitant un peu plus au silence. La présence d’enfants est aussi souvent un frein au départ, la victime voulant préserver l’unité familiale. L’auteur pousse «la victime à se soumettre, à se ressentir comme n’ayant aucune valeur, comme étant incapable, coupable, honteuse, inintelligente, sans aucun droit, réduite à une chose», décrit Muriel Salmona, psychiatre et auteure de plusieurs ouvrages sur les violences conjugales.

Le moindre geste de travers pouvant être l’élément déclencheur de violences, les femmes vont adapter leur comportement pour satisfaire celui avec qui elles partagent leur vie. «Pour se protéger, elles tissent autour d’elles un filet de sécurité, explique Annie Guilberteau. Elles se disent : "Si je prépare le repas comme il aime, si j’arrive à calmer les enfants avant qu’il rentre du travail, si j’obtempère à tous ses désirs, alors peut-être que ça ira mieux."»

Souvent, le phénomène est si ritualisé et intégré qu’il n’est pas identifié comme tel par les femmes et leur entourage. L’ascendant est d’autant plus difficile à cerner qu’il peut s’exercer de manière très diffuse : «Beaucoup de couples fonctionnent sur un modèle dominant-dominé sans qu’il y ait forcément de violences physiques ou psychologiques», souligne Alexia Delbreil, médecin légiste au CHU de Poitiers et auteure d’une thèse sur les homicides conjugaux en région Nouvelle-Aquitaine.

Le processus est aussi cyclique et graduel. Un conjoint violent ne l’est généralement pas au début de la relation. En revanche, il instille très rapidement chez sa conjointe des éléments qui la rendront un peu plus fragile. La psychiatre spécialiste en victimologie Marie-France Hirigoyen les détaille dans Femmes sous emprise : les ressorts de la violence dans le couple. Elle explique : «Les professionnels qui ont encouragé une femme à quitter son conjoint maltraitant s’irritent souvent de voir celle-ci retourner auprès de lui et les explications qu’ils donnent, dans leur effort pour la responsabiliser, la culpabilisent encore plus. On oublie que, si les coups ont été possibles, c’est que, dès le début de la relation, le terrain a été préparé, les défenses de la femme levées.»

Avant cela, il y a d’abord une phase de séduction. Dans le cycle de la violence, théorisé en 1979 outre-Atlantique par la psychologue Leonor Walker, cela correspond à la phase dite de «lune de miel». C’est «une séduction narcissique destinée à fasciner l’autre et, en même temps, à le paralyser», explique Marie-France Hirigoyen. Car, dans le même temps, «par des micro-violences ou de l’intimidation, la femme est progressivement privée de tout libre arbitre et de tout regard critique sur sa situation». Les allers-retours entre phases de tensions et de violences sont entrecoupés de périodes de réconciliation : le conjoint minimise les faits, se justifie, promet de ne plus recommencer. Les victimes vont alors retirer leur plainte, regagner le domicile…

Enfin, il existe une phase de programmation pendant laquelle la victime, en état de dissociation, devient peu à peu étrangère à ce qui lui arrive. «C’est un moyen efficace de survie pour ne pas perdre la raison, une stratégie passive lorsqu’on a le sentiment qu’il n’y a aucune issue possible.» C’est ainsi qu’une femme victime de violences opposera au bon sens une passivité inquiétante.Porter plainte, pousser la porte d’une association ou composer le 39 19 est alors difficile pour ces femmes qui ne se considèrent souvent pas comme victimes. «Les femmes qui arrivent dans nos centres sont comme paralysées, dans l’incapacité de réagir, de ne pas répondre au téléphone si leur conjoint les appelle par exemple», explique Françoise Brié, porte-parole de la fédération nationale Solidarité femmes (FNSF) et directrice de l’association l’Escale, en région parisienne. Elle évoque des situations très diverses : des femmes sans papiers ou très précaires qui ne connaissent pas leurs droits, d’autres de milieux très favorisés qui n’ont jamais travaillé et n’ont pas les ressources suffisantes pour quitter le domicile conjugal. A ces femmes, qui souvent minimisent les faits et couvrent les auteurs, les travailleurs sociaux tentent de faire prendre conscience des abus subis. Les professionnels insistent sur la nécessité d’agir vite. Car, selon leurs observations empiriques, plus le cycle se répète, plus le processus peut s’intensifier jusqu’au coup fatal.

C’est au moment de la séparation que les femmes sont particulièrement vulnérables. D’après les données récoltées par Libération, parmi les femmes tuées ces trois dernières années, une soixantaine étaient en train de rompre avec leur compagnon ou récemment séparées. Souvent, les victimes venaient de quitter le domicile conjugal, s’apprêtaient à reprendre leur indépendance. L’auteur réalise alors le caractère irréversible de la rupture et ne l’accepte pas. Le moment de la passation des enfants entre les deux parents, dans le cadre d’une garde partagée, est aussi risqué. «L’homme voit la victime dans son autonomie, il réalise qu’elle est en train de s’émanciper, de lui échapper», explique Karen Sadlier, docteur en psychologie clinique, spécialiste des violences conjugales et auteure de l’Enfant face à la violence dans le couple (éd. Dunod). «Il peut aussi avoir des fantasmes de jalousie, se demande ce qu’elle va faire pendant qu’il n’est pas là…» Selon l’Observatoire des violences de Seine-Saint-Denis, en 2009, la moitié des cas d’homicides conjugaux dans le département s’étaient produits pendant le droit de visite du père.

Les enfants victimes

Ils sont les grands oubliés des violences conjugales, mais y sont directement confrontés. Ces trois dernières années, d’après les calculs de Libération, 51 enfants mineurs (et 8 enfants majeurs) étaient présents lors du meurtre de leur mère par celui qui était, le plus souvent, leur père. Onze d’entre eux ont perdu la vie en même temps que leur mère. La délégation aux victimes du ministère de l’Intérieur confirme cette exposition des plus jeunes à la violence conjugale : d’après ses chiffres, en 2015, 36 enfants ont été tués en France dans le cadre des violences dans le couple. 68 enfants, souvent en bas âge, étaient présents au domicile au moment des faits, dont 13 témoins directs du meurtre. Dans d’autres cas, c’est l’enfant qui retrouve le corps inanimé ou agonisant de sa mère, par exemple en rentrant de l’école. Il peut aussi assister au suicide de son père, ainsi qu’à l’intervention des secours et de la police, et à l’arrestation de son père. Autant de scènes traumatisantes pour les enfants à l’issue desquelles ils deviennent orphelins d’un parent, ou des deux, et voient leur structure familiale définitivement explosée.

L’enfant est souvent l’élément déclencheur de la violence, explique Karen Sadlier : «Les trois quarts des passages à l’acte violents dans le couple sont liés à la question de l’éducation des enfants : savoir quand il doit prendre son bain, s’il a fait ses devoirs, s’il a fini son assiette…» énumère-t-elle. Même s’ils n’en sont pas les destinataires directs, ces violences ont un impact sur les enfants, et ce, tout au long de leur vie, indique Muriel Salmona, présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie : «Avoir subi des violences dans l’enfance est la principale cause de décès précoce à l’âge adulte et peut faire perdre jusqu’à vingt ans d’espérance de vie», décrit la psychiatre à Libération. Ces enfants ne bénéficient en France d’aucune prise en charge systématique, y compris en cas de meurtre conjugal, et ne sont pas considérés comme victimes au sens juridique. Pourtant, la convention d’Istanbul ratifiée par la France en 2014 reconnaît que «les enfants sont des victimes de la violence domestique, y compris en tant que témoins de violence au sein de la famille». Les risques pour la santé de l’enfant sont proportionnels aux violences subies : alors qu’environ la moitié des enfants exposés aux violences conjugales présentent un trouble de stress post-traumatique, qui peut se traduire notamment par le fait de revivre l’événement par le biais de cauchemars ou de flash-back. Ce taux atteint 100 % lorsqu’il y a meurtre, explique Karen Sadlier. Les violences ont des répercussions souvent très lourdes sur la vie, la santé, le développement et le comportement des enfants exposés, les mêmes que pour les enfants directement maltraités : pleurs excessifs, troubles du sommeil, difficultés de concentration, anxiété, agressivité, dépression voire suicide, détaille l’Observatoire national de l’enfance en danger.

Pour Laurence Aulnette, pédopsychiatre à l’hôpital de Saint-Malo, cela s’explique par le lien particulier entre la mère et l’enfant : «Je me souviens d’un cas qui m’avait frappé. Une dame vient à l’hôpital avec ses deux enfants consulter pour une angine. Alors que je lui touchais la gorge pour sentir les ganglions, le petit qu’elle avait dans les bras m’a saisie pour protéger sa mère. Son père avait auparavant essayé de l’étrangler.» Le fait d’avoir été témoin de coups entre les membres de la famille multiplie en outre la probabilité d’être soi-même aussi bien auteur que victime de violence conjugale. Selon Laurence Aulnette, «60 % des personnes responsables de violences conjugales ont déjà été exposées enfants». Pourtant avérés, ces effets subis par les enfants spectateurs de la violence entre parents sont souvent mal diagnostiqués, et mal soignés. La faute à une prise en charge erratique par les professionnels de la protection de l’enfance, d’abord préoccupés par les problèmes de violence directe sur l’enfant, et mal formés à cette problématique. «Pendant trop longtemps, les institutions chargées de la protection de l’enfance ne se sont pas senties directement concernées par les violences conjugales, dès lors que les enfants du couple n’étaient pas eux-mêmes l’objet de violences physiques», écrit le psychothérapeute Pierre Lassus.

Pour prévenir ces risques, un dispositif inédit a été mis en place à l’hôpital de Saint-Malo : «On a essayé de prendre en charge les enfants en même temps que la mère. Ils sont des victimes, même s’ils ne vivent pas les coups. Un enfant est hypervigilant au moindre bruit», explique Laurence Aulnette. Dès la prise en charge de la mère victime de violence, l’enfant rencontre également une assistante sociale et un médecin. Si les troubles persistent, les médecins procèdent à une mise à l’abri de l’enfant avec la mère au sein de l’hôpital, ainsi qu’à un signalement auprès du procureur de la République. Sur décision judiciaire, l’enfant peut être placé en centre d’accueil, en famille d’accueil ou dans un établissement spécialisé de l’Aide sociale à l’enfance (ASE), ou encore confié dans l’urgence à un membre de sa famille, maternelle ou paternelle. Des familles souvent elles-mêmes traumatisées par le meurtre, focalisées sur le deuil ou préoccupées par le sort judiciaire du père.

Se pose aussi la question de l’autorité parentale du géniteur condamné. Ce n’est que depuis récemment que le juge, en cas de violences conjugales, doit se prononcer sur le retrait total ou partiel de celle-ci, ce qui n’est pas automatique. Condamné en janvier à vingt-cinq ans de prison par la cour d’assises de la Vienne pour le meurtre de la mère de ses deux fillettes, Marine M., Raphaël D. s’est également vu retirer son autorité parentale à la demande du conseil de l’ASE, partie civile. Les deux fillettes, aujourd’hui âgées de 6 et 4 ans et placées dans un village d’enfants spécialisé, ont assisté au moins en partie au meurtre. La défense a fait appel.

Avant 2014, la justice pouvait ne pas statuer. Muriel Salmona se souvient ainsi d’une patiente retournée vivre avec sa sœur chez son père, après sa sortie de prison. «Elle vivait dans la peur permanente. Au bout de cinq fugues, elle a finalement été placée», raconte la psychiatre. Ses confrères - partagés sur la question du maintien du lien entre l’enfant et le parent violent, certains arguant qu’il doit être conservé malgré tout - sont nombreux à rapporter des cas d’enfants obligés de visiter leur père en prison ou encore de lui verser une pension alimentaire. «Ce n’est pas parce qu’il y a un lien de filiation qu’on doit lui accoler l’autorité parentale», estime Edouard Durand, ex-juge aux affaires familiales et ex-juge des enfants. «Peut-être que l’agresseur a le désir de voir ses enfants, mais ce qui compte, c’est d’abord la protection de l’enfant», qui doit être tenu éloigné d’un père violent, estime-t-il.

Pour l’instant, aucun accompagnement spécifique n’est proposé à ces enfants à l’échelle nationale, mais cela pourrait évoluer. Le plan interministériel de lutte contre les violences faites aux enfants, dévoilé en mars et qui doit être mis en œuvre malgré le changement de gouvernement, prévoit de «renforcer le repérage des enfants victimes de violences au sein du couple», via notamment un système de bascule des appels reçus par les numéros d’aide aux femmes et aux enfants (le 39 19 et le 119). Le plan préconise aussi la mise en place à l’échelle nationale de la «prise en charge hospitalière immédiate des enfants lors de meurtres intrafamiliaux au domicile familial», sur le modèle d’une expérimentation actuellement menée en Seine-Saint-Denis.

A l’initiative de l’Observatoire des violences envers les femmes du département, l’hôpital Robert-Ballanger d’Aulnay-sous-Bois accueille systématiquement les enfants qui ont perdu un parent dans un meurtre conjugal, pour une durée de trois jours à une semaine. Cinq enfants ont été hospitalisés en 18 mois. Le protocole est toujours le même : l’enfant est accompagné depuis le lieu du crime jusqu’aux urgences pédiatriques par un éducateur formé, prévenu par la police. «Il récupère un pyjama, un doudou, un jouet, le carnet de santé. Il utilise souvent son propre véhicule, moins traumatisant que le véhicule de police», explique à Libération Frédérique Broisin-Doutaz, médecin urgentiste. Grâce à une ordonnance de placement provisoire (OPP) du procureur, l’enfant est hospitalisé de manière anonyme, sans que sa famille puisse le voir. Des accompagnantes, retraitées des services de l’enfance, se relaient 24 h/24 pour l’entourer. «C’est un sas, une bulle de décompression», qui vise à évaluer la gravité du choc et décider de façon collégiale la meilleure option d’accueil. Une fratrie de trois (5 ans, 3 ans et demi et 2 ans et demi), témoin du double meurtre de leur mère et de leur grand-mère maternelle par leur père, a ainsi été hospitalisée une semaine. Après un accueil en foyer, ils ont finalement été placés chez la nourrice de l’aînée et son époux, les plus à même d’assurer un accueil stable.

Dispositifs et initiatives

Existe-t-il des solutions durables pour faire diminuer le nombre de ces décès ? Jean-François Bouet, médecin urgentiste à Saint-Malo, pourrait en connaître une. Depuis deux ans, le docteur est à l’origine d’une initiative pour prévenir et repérer les violences conjugales : «J’en avais marre de voir passer ces femmes aux urgences sans rien faire pour les aider.» Son initiative a déjà permis de prendre en charge une soixantaine de femmes. Lorsque l’une d’elles est accueillie aux urgences, le médecin de garde lui pose la question : «Avez-vous été victime de violences conjugales ?» Si cette dernière répond par l’affirmative, un rendez-vous avec une assistante sociale et un médecin urgentiste lui est proposé dans les jours à venir. Ils lui suggèrent aussi d’entrer en relation avec le service de pédiatrie pour prendre en charge le ou les enfants. Dans les cas les plus extrêmes, les médecins procèdent à une mise à l’abri au sein du service. Une initiative qui, si elle semble d’utilité publique, existe surtout grâce au dévouement du personnel : «Tous les médecins font ces rendez-vous sur leur temps libre. Souvent, ils sortent de vingt-quatre heures de garde la veille», décrit le chef de service Philippe Zemmouche.

«Les violences conjugales ne sont presque pas prises en charge dans les hôpitaux, cela me heurte. Le corps médical est de tradition très masculine. Aux urgences, on a l’avantage d’être ouverts 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, et l’hôpital reçoit tout le monde du SDF au milliardaire», détaille le Dr Jean-François Bouet. Et il évoque, avec la même empathie les cas de ces femmes qu’il a pu suivre grâce au dispositif : une femme qui, après avoir été mise à l’abri, s’est retrouvée dans le même hôpital que son mari blessé en la frappant. Ce dernier a fini par s’échapper avec sa perfusion pour la chercher avant d’être arrêté.

«Parfois, les femmes ne veulent pas nous parler des violences qu’elles subissent. Mais elles savent que le dispositif existe désormais, et lorsqu’elles sont frappées de nouveau, elles savent vers qui se tourner.» Malgré le succès du procédé qui pousse même les policiers à rediriger les femmes battues directement vers les urgences, les médecins ne bénéficient pas de soutiens locaux. Le dispositif doit pourtant bénéficier de financements pour être pérennisé. Le personnel, le Dr Bouet en tête, s’est donc réuni en association, dans le but de récolter des donations. A défaut d’aides de l’Etat, ils ont obtenu un don de 20 000 euros de la part de mécènes.

Du côté du nouveau gouvernement, la lutte contre les homicides conjugaux ne semble pas être une priorité immédiate, la secrétaire d’Etat à l’Egalité femmes-hommes, Marlène Schiappa, prévoyant de s’attaquer en priorité à la «culture du viol» et au harcèlement de rue. Le dispositif «Téléphone grave danger», dont le déploiement était déjà prévu par le dernier plan de lutte contre les violences faites aux femmes, devrait cependant être généralisé.

L’appareil, muni d’une touche d’alerte, peut être attribué par le procureur de la République aux femmes victimes de violences conjugales. L’auteur des violences doit faire l’objet d’une interdiction d’entrer en relation avec la victime ou d’une mesure d’éloignement. En cas de déclenchement, la victime est géolocalisée en temps réel et mise en relation avec une plateforme de téléassistance, qui évalue la gravité de la situation. 530 téléphones ont déjà été déployés. Entre septembre 2015 et septembre 2016, près d’un tiers des alertes a conduit à l’interpellation de l’agresseur.

Parmi les autres avancées du mandat de François Hollande, le renforcement du 39 19 (50 000 femmes écoutées par an, en moyenne) et la création de 1 550 places d’hébergement. Importée de Suède, la mesure d’accompagnement protégé (MAP) vise aussi à éviter le passage à l’acte du conjoint. Le dispositif, expérimenté en Seine-Saint-Denis et qui devrait être étendu, encadre le droit de visite du père : une accompagnante va chercher le ou les enfants au domicile de la mère, les accompagne chez le père puis le(s) ramène, pour éviter le contact entre les parents. 55 MAP ont été prononcées par les juges aux affaires familiales du département entre 2012 et 2016, souvent dans le cadre d’une ordonnance de protection ou d’un jugement (séparation, divorce…).

Depuis 2013, plus de 300 000 professionnels, notamment de santé, ont aussi été formés par la Mission interministérielle pour la protection des femmes victimes de violences et la lutte contre la traite des êtres humains (Miprof). Parmi eux, les référents «violences faites aux femmes», désignés dans tous les services hospitaliers d’urgence et capables de former à leur tour le reste du personnel au repérage et à la prise en charge des femmes victimes. Les dentistes et les pharmaciens, mais aussi les pompiers devraient bientôt suivre. «En entreprise par exemple, quand une salariée arrive en retard ou est moins performante, il faut pouvoir repérer si elle n’est pas victime de violences», ajoute Annie Guilberteau, directrice générale du Centre national d’information sur les droits des femmes et des familles.

Plusieurs associations organisent aussi des groupes de parole réservés aux femmes qui vivent ou ont vécu des violences. Dans le XIVe arrondissement de Paris, les bénévoles et les psychologues de l’association Elles animent ainsi deux fois par semaine ces réunions, auxquelles les femmes peuvent assister ponctuellement ou plus régulièrement. «Les expériences des autres femmes se répercutent en miroir sur ce qu’elles vivent ou ont vécu elles-mêmes. Elles prennent conscience qu’elles ne sont pas les seules, c’est déculpabilisant», explique la psychologue clinicienne Sonia Pino, cofondatrice de l’association, en activité depuis 2009. Dans cet endroit qui se veut un «lieu ressource», les bénévoles apportent aux victimes un soutien psychologique, juridique, social… Elles sont elles-mêmes supervisées par un psychologue, une fois par mois, pour ne pas avoir d’attitudes «contrôlantes» vis-à-vis des victimes, fragilisées.

Et les meurtriers ?

Se pose enfin la question de la prise en charge des auteurs de violences conjugales. Depuis 2014, les stages de «responsabilisation», déjà prévus pour les chauffards par exemple, ont été étendus aux conjoints violents. Ces sessions de sensibilisation, d’un ou plusieurs jours, peuvent aussi être utilisées comme une alternative aux poursuites, ou venir s’ajouter à une condamnation. Beaucoup d’associations d’aide aux victimes reconnaissent que l’accompagnement des auteurs est encore trop rare, mais considèrent qu’il est impossible de les prendre en charge en même temps que les victimes.

Difficile aussi d’évaluer l’impact réel de ce genre d’initiatives sur les auteurs. «C’est une chance qui leur est offerte de s’interroger sur leur comportement, expliquait ainsi une animatrice dont le témoignage est cité dans un rapport parlementaire. Mais beaucoup sont encore dans le déni le plus total.»

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Un peu en réponse à tout ce que l'on peut lire ces derniers temps concernant les femmes sur ce site...


J'ai éclaté en sanglots. On n'éclate jamais de faim ou de froid. En revanche on éclate de rire ou en sanglots. Il est des sentiments qui justifient qu'on vole en éclats...

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cecile82
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Re: Violences psychologiques et physiques dans le couple...

Message par cecile82 » lun. 14 août 2017 09:54



J'ai éclaté en sanglots. On n'éclate jamais de faim ou de froid. En revanche on éclate de rire ou en sanglots. Il est des sentiments qui justifient qu'on vole en éclats...

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