Le déni après l’adultère : un mécanisme de survie qui peut devenir un piège
La découverte de l’infidélité agit souvent comme un choc traumatique : le sol se dérobe, les repères explosent, l’identité conjugale et personnelle vacille. De nombreux cliniciens décrivent ce moment comme un véritable « tremblement de terre psychique » pour la personne trompée.Wepsee
Face à cette violence, beaucoup de victimes d’adultère passent par une phase de déni. Ce n’est ni de la naïveté, ni de la bêtise : c’est d’abord un mécanisme de défense du psychisme pour tenir debout.
Qu’est-ce que le déni ?
En psychanalyse, le déni désigne le fait de refuser inconsciemment une réalité vécue comme insupportable. Le sujet perçoit bien les éléments de réalité (faits, signes, preuves), mais il ne parvient pas à les intégrer comme vrais, car cela serait trop douloureux.Wikipédia+1
Dans le cadre de l’adultère, le déni peut porter sur :
- la réalité de la tromperie (« ce n’est pas possible », « il/elle ne me ferait jamais ça ») ;
- la gravité de ce qui s’est passé (« ce n’était qu’une aventure », « ça ne compte pas ») ;
- ou encore sur l’impact sur soi (« je vais encaisser », « je suis assez fort(e) pour passer au-dessus »).
Sur le forum SOS Cocu, on retrouve fréquemment des formulations comme :
« Je ne me résous pas à y croire. Je n’y parviens pas. Je suis dans le déni total. J’ai peur de voir mon monde s’effondrer. »SOS cocu
Cette phrase résume bien l’enjeu : admettre la réalité, c’est risquer de voir tout son monde s’écrouler.
Le déni chez la personne trompée
Les témoignages de la rubrique Témoignages illustrent plusieurs formes typiques de déni après la découverte de l’adultère :SOS cocu
Ne pas croire malgré les preuves
SMS explicites, objets retrouvés, incohérences flagrantes… mais la personne refuse d’assembler les pièces du puzzle, comme dans ce témoignage où, malgré des SMS, des préservatifs et des signes répétés, la victime écrit :
« Les preuves tombaient les unes après les autres… Je ne me résous pas à y croire… Je suis dans le déni total. »SOS cocu
Ici, ce n’est pas l’intelligence qui manque, mais la capacité à supporter ce que ces preuves signifient pour la relation, la famille, l’avenir.
Minimiser la gravité de ce qui s’est passé
Certain·es racontent qu’ils ont longtemps dit :
- « Ce n’est pas si grave »,
- « Je suis assez fort(e) pour encaisser »,
- « On va tourner la page ».
Puis, quelques mois plus tard, la dépression ou l’effondrement arrivent, comme cette personne qui explique avoir d’abord traversé une période de « déni » de la gravité de ce qu’elle vivait, avant de s’écrouler.SOS cocu+1
Le déni peut donc retarder l’effondrement, mais il ne l’empêche pas : il le repousse.
c) Se nier soi-même
Une autre forme de déni, plus insidieuse, consiste à nier ses propres besoins, sa douleur, sa dignité :
- « D’autres ont vécu pire, je n’ai pas à me plaindre. »
- « Je dois pardonner, coûte que coûte. »
- « Je ne peux pas tout remettre en question pour “ça”. »
Plusieurs témoignages décrivent cette phase où la personne s’accroche au couple, au projet familial, en s’oubliant complètement, jusqu’à devenir, selon ses propres mots, un « colosse aux pieds d’argile ».SOS cocu
Le déni chez le partenaire infidèle
Le déni ne touche pas que la personne trompée. De nombreux conjoints infidèles :
- nient les faits malgré des preuves ;
- minimisent (« ce n’était rien », « c’était juste du sexe », « ça ne compte pas ») ;
- ou inversent la culpabilité (« si j’ai fait ça, c’est à cause de toi »).
Des psychologues soulignent que lorsque le partenaire infidèle nie malgré des preuves, le déni devient une double trahison : trahison du corps, mais aussi trahison de l’intelligence et de la perception de la victime.psychologue
Sur le forum, un membre résume :
« Discussion impossible : elle niera tout tant qu’il n’y aura pas de preuve béton. C’est de la manipulation ou du déni… »SOS cocu
Pour SOS Cocu, il est important de rappeler qu’un dialogue sincère est impossible tant que le partenaire infidèle reste dans le déni.
Pourquoi le déni est-il si fréquent après une infidélité ?
L’adultère touche au cœur :
- de la confiance (on n’est plus en sécurité) ;
- de l’estime de soi (sentiment d’être moins digne, moins désirable) ;
- de la vision de la vie (couple, famille, projets basculent).Divorce/Séparation: mode d’emploi
Dans ce contexte, le déni sert d’abord à protéger :
- il amortit le choc ;
- il donne l’illusion de garder le contrôle ;
- il permet de continuer à fonctionner (travail, enfants, quotidien) alors que tout brûle à l’intérieur.
Mais ce qui protège à court terme peut devenir un piège à moyen et long terme, si le déni s’installe.
5. Les conséquences du déni prolongé
Quand le déni dure, plusieurs risques apparaissent, confirmés par la clinique et par les témoignages du forum :Wepsee
- Retard du travail de deuil de la relation telle qu’elle était.
- Maintien dans une relation toxique ou non sécurisante.
- Hypervigilance : vérifier tout, surveiller tout, tout en refusant de poser des décisions claires.
- Symptômes dépressifs (fatigue, perte d’élan vital, sentiment de vide).
- Somatisation (troubles du sommeil, douleurs, difficultés de concentration).
- Perte de dignité intérieure : accepter ce que l’on juge inacceptable pour soi.
Plusieurs membres décrivent ce va-et-vient douloureux entre moments de lucidité et retours au déni, avec cette impression : « Je vois clair… puis je referme les yeux parce que c’est trop dur. »SOS cocu+1
Signaux qui doivent alerter
Sans poser de diagnostic, certains signes repérés de façon récurrente dans les témoignages peuvent inviter à s’interroger :
- Tu as des preuves ou de forts indices, mais tu te répètes :
« Il/elle n’est pas comme ça », « Je dois me tromper », « Ce n’est pas ce que je crois ».SOS cocu+1 - Tu réécris l’histoire : tu effaces rétrospectivement les alertes (« Les voyants étaient au rouge, mais je trouvais ça normal »).SOS cocu
- Tu minimises ta souffrance :
« Je ne vais pas faire exploser la famille pour ça », alors que ton corps et ton moral s’effondrent.SOS cocu+1 - Tu passes ton temps à te justifier ou à te sentir coupable, alors que c’est l’autre qui a trahi.
Ces signaux ne signifient pas que tout est perdu, mais qu’il est peut-être temps de te faire accompagner pour sortir de l’illusion protectrice.
Comment sortir progressivement du déni ?
Sortir du déni ne se fait pas en un claquement de doigts. C’est un processus. Quelques repères :
Nommer les faits
Écrire noir sur blanc, pour soi :
- ce qui s’est passé ;
- ce que tu sais (faits) ;
- ce que tu ressens (émotions) ;
- ce que ça change pour toi (valeurs, confiance, choix).
Mettre des mots est une manière de réintroduire la réalité, sans jugement immédiat.
S’appuyer sur un espace sécurisé
Parler dans un lieu où tu n’es ni jugé, ni culpabilisé est essentiel.
- Un suivi psychologique ou thérapeutique permet de travailler sur le déni comme mécanisme de défense et sur ce qu’il protège.Wepsee
- Le forum SOS Cocu, via la rubrique Témoignages, offre un espace d’entraide où d’autres personnes passées par cette phase de déni peuvent partager leur expérience.SOS cocu
L’écoute du collectif aide souvent à se dire : « Ce que je vis est cohérent. Je ne suis pas fou/folle. »
Réaffirmer tes limites et ta dignité
Sortir du déni, ce n’est pas forcément décider immédiatement de partir ou de rester. C’est d’abord :
- reconnaître que ce qui s’est passé est grave pour toi ;
- poser des conditions claires si tu envisages une reconstruction (transparence, fin de la liaison, suivi, etc.) ;
- accepter que tu as le droit d’être respecté·e.
Accepter la vérité à ton rythme
Le but n’est pas de te forcer brutalement à « tout voir » d’un coup, mais de reprendre la main sur la façon dont tu accueilles la réalité.
Le déni t’a peut-être aidé à survivre au début. Il est possible maintenant d’apprendre à vivre avec la vérité, sans t’y dissoudre.
Pour aller plus loin : quelques témoignages du forum sur le déni
Parmi les centaines de fils de la rubrique Témoignages, plusieurs abordent explicitement le déni, soit du côté de la personne trompée, soit du partenaire infidèle. Par exemple :
- « détresse » – un des premiers témoignages du forum, où l’auteur décrit clairement un « déni total » malgré les preuves.
https://www.soscocu.org/viewtopic.php?t=17 - « Encore un cocu par son meilleur ami » – le narrateur revient sur les voyants « au rouge » qu’il a ignorés, parlant du déni dans lequel il était.
https://www.soscocu.org/viewtopic.php?t=4280 - « Je suis en dépression » – un membre explique comment il a d’abord nié la gravité de ce qu’il vivait, avant de s’effondrer.
https://www.soscocu.org/viewtopic.php?t=4185 - « Mon histoire en cours » – réflexion sur le déni de la part du partenaire infidèle et les conséquences pour le couple.
https://www.soscocu.org/viewtopic.php?t=2866 - « Ça fait tellement mal » – témoignage récent évoquant une courte période de déni puis une chute brutale.
https://www.soscocu.org/viewtopic.php?t=4666> - « Qu’en pensez-vous » – discussion où le déni du partenaire est associé à des comportements manipulateurs.
https://www.soscocu.org/viewtopic.php?t=4388
Les témoignages sont anonymes et n’ont pas valeur de consultation, mais ils permettent de se sentir moins seul et d’identifier des mécanismes communs, comme le déni.











